Le topic des comics, des collants et des capes


#841

Ca a l’air très lovecraftien. Et donc pas du tout déprimant.

Je hais la tendance nihiliste de Morrison (également incarnée par l’ignoble Batman Inc, par ex), donc je passe mon tour - je préfère relire son sublime All-Star Superman.


#842

C’était ignoble et nihiliste, Batman Inc. ?
Je connais que le pitch, mais ça avait l’air cool, non ?
(Spoilers bienvenus si nécessaire)


#843

C’était vachement bien, mais pas ce qu’il a fait de plus joyeux, en effet.

Le concept de base (en gros, Batman se multinationalise, en ouvrant des franchises locales aux 4 coins du monde) donne lieu à des idées sympas, le méchant est parfait, et graphiquement, si on excepte un épisode gerbifiant et incompréhensible sur la réalité virtuelle, façon “le futur de la 3D de 95”, c’est très souvent au top, grâce au petit nouveau Chris Burnham, qui s’impose comme un des meilleurs collaborateurs réguliers de Morrison quand Quitely est pas là.
Mais la deuxième moitié bascule progressivement dans le tragique au sens propre, jusqu’à s’achever sur (gros, gros spoil)

Spoiler

la mort du fils de Batman

. En fait, Batman inc. n’est pas fait pour être dissocié du reste des épisodes de Morrison sur Batman (Black Glove, Batman & Robin, Return of Bruce Wayne, etc.). Le côté “éternel retour” inhérent au superhéros tient une place importante dans son run, et autant dans les premières parties c’était abordé sous un angle positif (“Batman et Robin ne mourront jamais !”), autant Batman inc. s’attache à montrer le revers de la médaille, avec un Bruce Wayne au bout du rouleau, épuisé par des combats sans fin contre des ennemis qu’il a lui-même contribué à créer. À ce propos, il y a tout un sous-texte politique parfaitement d’actualité (intervention des grandes puissances dans des conflits qu’elles ne maîtrisent pas, fanatisation de populations opprimées…) et qui justifie complètement le ton très désabusé de ces derniers épisodes.


#844

Je sais pas… Dans mes souvenirs la tragédie finale est davantage présentée comme un différend familial. Le sous-texte politique ne me paraît guère “thématisé”, ni très finaud. Et c’est tellement hardcore graphiquement (de l’ultra-violence dessinée avec la précision d’un Darrow ou d’un Quitely) que ça m’a paru gratuit. P’têt qu’il faut que je le relise mais j’ai pas trop envie de m’infliger ça…


#845

Via le créateur de ce topic, une superbe couv’ de David Aja pour Scarlet Witch :

Sinon j’avais loupé les pubs Turkish Airlines pour Batman vs Superman (qui concluent ce gros recap) ; c’est le premier truc bien pensé que j’aperçois de tout ce projet.


#846

Je trouvais Bad Machinery moins en réussite depuis 2013~2014, mais le dernier arc en date était fantastique, peut-être le meilleur truc écrit par J. Allison depuis ses débuts et une excellente chronique de l’adolescence. Un de ses plus longs arcs narratifs également puisqu’il faut remonter à juillet 2015 pour démarrer et que cela s’est fini la semaine dernière (enfin comme d’hab, c’est fréquemment interrompu par des mini-histoires avec son personnage fétiche Shelley, qui n’ont rien à voir). Même si c’est mieux de comprendre le passif des 3 filles et 3 garçons, pas forcément besoin de connaître / se rappeler les persos, car de toutes façons, il y en a plein de nouveaux dans cette affaire.


#847

Kamui et ses copains tentent inexplicablement d’établir le classement définitif de tous les films X-men dans ce podcast d’1h47m :


#848


#849

J’ai vu Batman V Superman dans l’avion et c’était pas terrible. Mais au moins - et c’était un peu le but - j’ai pu rire comme les autres quand Honest Trailers a fait défiler le plan de Lex Luthor il y a quelques jours. Mais ce n’est pas pour ça que je poste !

Il n’y a pas que Sonic The Hedgehog à la ComicCon cette année. Conan O’Brien est également là-bas pour quelques jours, et il a visité une boîte qui s’occupe de créer les costumes pour les films de super-héros (et Daft Punk) ; et c’est assez chouette à regarder ! Ca scanne les corps, ça reproduit les têtes en 3D, c’est un peu foufou.

https://www.youtube.com/watch?v=wLHNI96oF2A


#850

Semestrielle piqûre de rappel, The Case of the Severed Alliance, nouvelle histoire de Bad Machinery qui commence. Je ne sais pas s’il faut avoir lu les précédents pour apprécier ou s’il est un poil autonome comme la précédente grosse enquête. Ce sera (probablement) l’histoire de deux lycéennes qui se sont perdues de vue. La brune ici présente (Charlotte) culpabilise et se demande comment renouer leur amitié. Charlotte est devenue un personnage assez génial au fil des années, une description très juste et touchante de l’adolescente contemporaine et en même temps un perso assez fantaisiste. Y aura probablement du surnaturel à un moment, si vous ne connaissez pas le genre du bonhomme. D’ailleurs je ne sais pas ce que cela vaut mais John Allison a récemment écrit une histoire pour Marvel dans Civil War II: Choosing Sides #4, dessinée par Rösi Kampe.


#851

Similaire à ce qui avait été fait avec Sailor Moon il y a quelques années. Certains bouts sont un peu trop random mais il y a aussi pas mal de choses à garder:


#852

Improbable reboot des Flintstones en comics. Ca a l’air chouette.


#853

Ouiii, une joyeuse surprise inattendue, ça fait des semaines que je procrastine sur le fait d’en parler, je le recommande vivement. C’est peut-être pas pour tout le monde parce que c’est très acerbe, avec des critiques de plein d’aspects de la société moderne et des blagues récurrentes sur le stress post-traumatique des vétérans des guerres de Néanderthal (“Ils ne connaissaient pas le feu! Ils nous ont laissé les brûler sur place!”). Personnellement pour l’instant je trouve cela excellent.


#854

Ca a l’air rigolo, Sugar & Spike :


#855

Je ne sais pas à quel point Saga a débordé du cadre des lecteurs de comics mais le space opéra de Vaughan et Staples, multi-récompensé et adoubé par à peu près tout le monde (Alan Moore inclus) est le safest bet si vous cherchez un comics à offrir ou à lire au pif (edit: ah oui, il y a quand même un peu de cul, rien d’hardcore mais bon)

Comme son titre l’indique, Saga est une épopée intergalactique qui suit les tribulations d’un couple que rien n’aurait dû rapprocher (leurs peuples sont empêtrés dans une guerre interminable). L’histoire se présente comme une longue fuite en avant suite à la naissance de leur moufflet, dont la seule existence pourrait remettre en cause la légitimité du conflit et saper le moral des troupes.

Tout s’enchaîne à un rythme effréné, avec un cliffhanger à chaque numéro ou presque et des retournements de situation assez violents. Comme dans GoT, on voit parfois mourir en trois cases un perso qu’on tenait depuis longtemps pour acquis. Le gros point fort de Saga, c’est l’inventivité de Vaughan, qui parvient à pondre trois à quatre trouvailles lumineuses toutes les vingt pages sans jamais tomber dans les clichés. Toutes ces idées servent une histoire d’amour et de famille très efficace, qui jongle facilement entre les registres (sentimentalité, cynisme, ironie, souffle de la grande aventure) sans pour autant se prendre les pieds dans le tapis. Bref, en termes de world building comme de storytelling, c’est un véritable tour de force.

Je l’ai fait lire à plein de gens et so far tout le monde aime Saga. C’est à peu près aussi universel que les frites ou la pizza.


Super Mutant Magic Academy de Jillian Tamaki, également auteure avec sa cousine de This One Summer, très beau roman d’éveil qui suit les grandes vacances de deux pré-adolescentes. Si j’ai bien suivi, SMMA est la compilation d’un webco qui met en scène des superhéros/aliens dans leurs premières années de fac. Il n’y a pas d’histoire suivie et le tout se présente comme une succession de vignettes aux personnages récurrents. Le ton est doux-amer, on est clairement dans la late crise d’ado (tendance 17-18 ans), et les super pouvoirs sont souvent utilisés pour illustrer de manière assez poétique le regard désabusé des personnages ou leurs félures. Un bon comics de chevet, qui se relit très bien.


Giant Days est la série en cours de John Allison, le mec de Scary Go Round que je n’ai jamais lu en dépit du matraquage de Chaz + Shito sur ce forum. C’est aussi une histoire de post-ado, mais beaucoup plus colorée, limite hyperactive - rien à voir, donc, avec le flottement mélancolique et la distance qui traversent SMMA. Le comics suit les aventures quotidiennes de trois amies de fac aux caractères stéréotypés mais attachants (la goth délurée, la féministe bougonne, l’optimiste naïve). La BD a vraiment la patate et diffuse une bonne humeur communicative (un peu comme Parks & Rec pour comparer avec une série), même si le côté surécrit peut parfois énerver (une blague finaude par case = fatigant au bout d’un moment). C’est un truc qui pourrait facilement sombrer dans le naïf neuneu sans le talent d’Allison et le trait élastique de Lissa Treiman, qui bosse également chez Disney et s’est occupée du dessin sur les sept premiers numéros.

Rien à voir avec le comics, mais trouvé sur son tumblr.


#856

Je n’avais pas réussi à me plonger dans Saga en première lecture mais il faudra que je lui redonne sa chance vu le concert de louanges.

Note, si ça te motive, que Giant Days est en fait le spin-off de ce qui reste probablement le meilleur arc de Scary Go Round, “Giant Days” avec la goth Esther en personnage principal (d’où le choix du titre pour la nouvelle BD). C’était un peu un breakout character de Scary Go Round et ça valait le coup de lui donner son propre espace / univers.

La nouvelle BD raconte donc la nouvelle vie d’Esther de Groot après avoir quitté la petite ville de Tackleford. Mais à part elle et quelques références à son passé, il me semble qu’il n’y a pratiquement aucune référence à SGR dans le “nouveau” Giant Days, et inversement. Note aussi qu’une des trois héroïnes de son autre série en cours Bad Machinery (suite directe de SGR) est la petite soeur d’Esther. /fin de la propagande


#857

Merci, je jetterai un coup d’oeil.

Fini Vision de Tom King, probablement le run Marvel le plus célébré cette année, et c’était très bien.

La famille Vision - papa, maman et leurs deux enfants - s’installe dans les suburbs de Washington D.C. dans le but de mener une existence paisible. Sans surprise, leur rêve de normalité va rapidement être confronté au racisme larvé du voisinage, aux difficultés d’intégration des enfants au collège ou aux fantômes du passé qui ressurgissent. On navigue dans les eaux codifiées de la super IA qui voudrait devenir humaine (Data dans Star Trek, Bicentennial Man, etc.), avec toutes la maladresse et l’incompréhension que ça implique.

Vision est très construit et j’ai l’impression que l’écriture était terminée dès le début du run tant les motifs, citations et thématiques se répètent et dialoguent dans l’espace de ces douze numéros. La narration utilise un narrateur omniscient de façon très maline, un peu comme un choeur, avec une voix désincarnée qui commente l’action et prédit un final apocalyptique dès les premiers numéros, ce qui a pour effet de susciter la curiosité du lecteur et accentue le caractère tragique de l’histoire. Il y a aussi quelques très belles pages sur la foi ou la culpabilité.

Comme Watchmen, le run dure douze volumes et j’ai du mal à y voir un hasard, tant le personnage de Vision et ses interrogations renvoient directement à Dr. Manhattan. Du reste, King avait déjà utilisé le 9 panel layout dans sa série Omega Men et n’a jamais caché son admiration pour Moore. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’il a son immense talent, et le fait qu’il soit forcé de composer avec les contraintes de continuité Marvel et le background encombrant que ça impose ne joue pas en sa faveur. Du coup, ça ne parvient pas à surpasser le mindfuck temporel et la poésie cosmique de Watchmaker, mais c’est vraiment de l’excellent comics.

Une connaissance générale de l’histoire de Vision et la Sorcière Rouge est quand même recommandée.


#858

En ces temps difficiles, relire quotidiennement un peu de Comics Curmudgeon fait du bien.


#859

:frowning: RIP Bernie Wrightson


#860

Les librairies Album devraient fermer leurs portes en janvier prochain. Je connaissais surtout le Album Comics du boulevard Saint Germain, pas tant pour ses comics que pour son rayon artbooks garni de bouquins US, jap ou français que je squattais joyeusement à une époque où Deviantart et CFSL* commençaient tout juste à faire leur trou. On y trouvait des exemplaires démo usés jusqu’à la corde de Terada, du Tatsuyuki Tanaka, du Koji Morimoto, du Capcom, du James Jean, etc.

*Le pauvre est aujourd’hui complètement déserté, à l’instar du forum Catsuka qui ne compte plus que 5-6 posteurs réguliers. C’est d’autant plus dommage que Twitter, Facebook, Tumblr sont davantage un espace de promo que d’échange - il y a bien des tutos et des WIP mais les critiques ne font pas partie de ce paysage.
Quant à Deviantart, il semble avoir cédé sa place à Artstation, faute d’avoir su évoluer et de proposer des fonctionnalités élémentaires telle qu’une liste des artistes auxquels on est abonné (ou alors c’est un service payant, ce qui ne m’étonnerait qu’à moitié venant de ce site).