Le topic des lectures


#1301

Bah… personnellement j’avoue n’avoir pas d’avis définitif sur tous les aspects de ce sujet. Ca m’intéresse de lire des textes dessus, mais je serais bien incapable d’en débattre car je me sens trop largué. Sue me! :blush:
J’ai trouvé l’article effectivement “fascinant” par ce qu’on y apprend des points de vue idéologiques de ces “féministes radicales”, ça ne veut pas dire que je les approuve.


#1302

On y “apprend” surtout beaucoup de choses qui sont fausses ou mensongères, présentées comme étant “scientifiques”.
Et la conséquence de se poser dans la position de “je ne maîtrise pas le sujet, donc je ne veux pas en débattre plus avant, mais voici” (et pas simplement “ça m’intéresse de lire des choses dessus”, comme la tienne), c’est de répandre ces fausses vérités, tout en fermant la porte (à soi même ou aux autres) à la longue discussion qui devrait suivre.

Note bien que je n’ai aucun problème avec le fait même de poster cet article, simplement avec la posture qui consiste à le faire tout en refusant d’en discuter plus avant.


#1303

J’ai bien aimé le fait que ces so-called féministes soient aussi abolo (prônent “l’abolition de la prostitution”) est vaguement évoqué au début comme un détail qui s’explique tout seul, parce que cette semaine, c’est sur les trans qu’on tape. Mais craignez rien les putes, votre tour, c’est la semaine prochaine.


#1304

J’ai fini la lecture de 2666, roman posthume de Roberto Bolano, écrivain chilien mort en 2003.
C’est un livre gigantesque (1300p), ou plutôt 5 romans qui s’enchaînent, dans un style à la fois élégant et relativement peu apprêté.
J’ai eu du mal à tenir le premier, la petite vie de quatre universitaires spécialistes d’un mystérieux auteur allemand, dont ils finissent par suivre les traces au Mexique, mais la suite monte en puissance une fois sur place, où l’intrigue se recentre sur l’affaire (réelle et toujours en cours) des meurtres et disparitions de femmes dans l’Etat du Sonora. Le roman dès lors se lit comme un polar ouvert, vertigineux et sans solution, bien que des pistes assez claires soient lancées. (Lire l’article de Sergio Gonzalez Rodriguez, spécialiste de l’affaire, permet d’ailleurs de mieux comprendre le roman). La dernière partie, centrée sur l’histoire extraordinaire du fameux auteur allemand, est un sommet de la création littéraire contemporaine sur la seconde guerre mondiale.

Roberto Bolano a aussi écrit un roman autour d’un jeu de plateau, Le Troisième Reich, que j’espère lire prochainement.

Sinon, j’ai tenté de lire quelques chapitres de La zone du dehors et La horde du contrevent de Damasio, mais ils me sont tous deux tombés des mains. Ils m’ont fait l’effet de fanfics maladroites à la gloire de personnages totalement artificiels (au secours les noms…) qui ne dépareraient pas dans un light novel, rédigées comme des scripts de série TV dans une langue manquant beaucoup trop de cohérence (les niveaux de langue sautent n’importe comment, et la concordance des temps avec l’énonciation du récit est un concept visiblement étranger à ce monsieur, qui prétend pourtant “écri[re] peu, par exigence”). Les gimmicks des symboles et du chiffrage des pages à l’envers n’ont pas amélioré cette impression initiale. Aussi, la dédicace de la Zone du dehors à sa meuf est d’un ridicule stratosphérique, ça m’a déconcentré…:blush:


#1305

Ça a l’air super, Roberto Bolano ! Je sors de Miguel Asturias, ça pourrait me brancher.

La horde de contrevent, ça m’a toujours paru un genre de Seigneur des anneaux ou le Catcher in the rye… Le truc qu’on doit lire quand on est ado, parce qu’après, c’est trop tard. non ?

Oh, à propos de Tolkien : je lis par hasard les Contes de Canterburry, et je me suis dit que quitte à taper dans la vieille littérature anglo-saxonne, je devrais carrément aller lire Beowulf. Mais vas-y le monceau d’éditions et de traductions… Je pensais me rabattre sur celle de Tolkien du coup, mais j’avais peur qu’il tire un peu trop la langue vers l’épique fantastique (ce qui était nécessaire vu son travail universitaire à l’époque, mais qui n’est peut-être plus nécessaire de nos jours…)
Quelqu’un aurait des lumières sur la question ?


#1306

J’ai lu la horde du contrevent en avril dernier et j’ai adoré alors que j’ai pas été ado depuis le siècle passé, donc c’est pas aussi tranché que ça.


#1307

Pareil que Chev, j’ai lu La horde il y a deux-trois ans et je l’ai dévoré. C’est certainement ado au sens où l’on parle d’un bouquin d’heroic-fantasy (ou sort of), et c’est pas volé que de lui reprocher un souffle épique assez volontiers pompeux, notamment à mesure que l’on s’approche de la fin, qui n’aurait pas fait tâche dans un Saint Seiya. Mais une fois qu’on a accepté ce postulat, ça reste une expérience littéraire assez fabuleuse, avec d’ailleurs de vrais passages oulipesques de haute volée, une narration chorale à plus d’une vingtaine de voix déconcertante au début mais d’une richesse assez bluffante (oui, ça passe d’un registre de langage à un autre plusieurs fois par page, mais c’est le concept même du récit à plusieurs voix). Accessoirement, et à titre personnel c’est certainement ce qui m’a le plus soufflé, Damasio invente à la fois une métaphysique et une langue dont la syntaxe, le vocabulaire et l’élocution tentent de traduire la manière dont un langage penserait dans un monde dont le vent serait l’élément fondamental constituant. Une sorte d’exercice de linguistique-fiction quelque part entre Borgès et James Joyce - le souffle lyrico-épique en plus, donc - qui m’a empêché d’ouvrir autre chose d’autre pendant plusieurs semaines derrière, tant le moindre bouquin paraît fade et flemmard derrière. Accessoirement j’imagine que celui qui a traduit La horde en anglais a dû faire bondir le PIB du Royaume-Uni rien qu’en consommation d’aspirine.

En revanche comme Abuzeur, je n’ai pas du tout réussi à rentrer dans La zone du dehors, qui fait pour le coup un peu manifeste futuro-gauchiste naïf, et son recueil de nouvelles Aucun souvenir aussi solide réunit à peu près tout ce qu’on peut ne pas aimer chez Damasio, cette espèce de grandiloquence péremptoire un peu facile et fatigante, mais sans ce qu’il réussit à amener dans La horde, ce côté roman-monde puissant, cohérent et porté par un travail stylistique que j’ai trouvé remarquable.

Ca me rend lyrique, tiens. :meuh:


#1308

Marrant que tu évoques Saint Seya car c’est à ça que je pensais… les personnages n’ont pas plus de profondeur psychologique que le club des 5 des chevaliers. Pour rester bien au chaud, je trouve que ceux de Dune sont autrement plus crédibles et vertigineux que cette galerie d’archétypes ou de mélanges d’archétypes brossés en deux traits trois tics de langage. Enfin bon, comme on me l’a dit récemment, Dune c’est vieillot, les chapitres font plus de 5 pages et les dialogues plus de 5 lignes.
Je suis bien déçu de ne pas être rentré dans le récit vu ce que tu en écris, mais les persos et le style littéraire m’en ont empêché. Le registre de langue n’est pas gênant entre les personnages (j’aime bien les romans polyphoniques), mais parce qu’il est inconsistant dans la manière dont le récit les rapporte, et c’est la même chose pour les temps. Si tu lis attentivement les paragraphes, tu te rends compte que le récit passe directement du diachronique à la narration synchronique dans la même séquence pour faire de l’impact à peu de frais, comme un script de série TV, et ne respecte pas les règles élémentaires de l’énonciation romanesque. Du coup, il a beau bien travailler le vocabulaire pour donner corps à cet univers, ça restait pour moi une transcription textuelle d’une série d’anime (vu la structure et surtout les personnages caricaturaux au possible. Je pense vraiment qu’une adaptation en série d’anime serait la meilleure chose qui pourrait lui arriver).
D’ailleurs, au sujet de l’inventivité stylistique, j’ai trouvé qu’il se tirait souvent une balle dans le pied en adaptant légèrement des expressions clichés pour jouer du clin d’oeil facile au lecteur (genre “vent merci” et tout ça). Ces procédés hyper-référentiels desservent l’objectif d’inventer un univers autonome avec son langage et ses règles: c’est typiquement le problème de la fanfic.
Ca m’a fait penser aux traductions de Pokémon qui jouent sur le même registre (je les aime beaucoup, mais ce n’est pas ce que je recherche dans un roman).

Bon, c’est une réaction épidermique, je suis complètement allergique à son style et à tout ce qu’il cherche à faire. Possible que je me prive d’un récit sympa (j’aimais bien l’idée des marcheurs du désert façon Mad Max ou Ken), mais tant pis. J’attaque Amber de Zelazny, on verra si ça me parle plus.


#1309

Pour Ambre, je suis pas sûr qu’il faille se fader la deuxième partie (de 6 à 10). Dans mon souvenir, c’est plus faible que la géniale première partie!


#1310

Ben c’est juste que le héros de la seconde partie est bien nul comparé au protagoniste des premiers volumes. Forcément, ça n’aide pas…


#1311

Je n’ai pas lu son Beowulf, mais en parcourant The road to middle-earth, l’étude de référence (intéressant malgré un lancement bien poussif) sur la genèse du Seigneur des Anneaux and co, il est fait mention de son respect maniaque pour les textes originaux, d’où il sort la plupart de ses noms pour ses propres oeuvres, et même de son dédain pour certaines traductions trop libres de classiques en anglais moderne (il prend même Beowulf pour exemple). Du coup, je pense que tu peux y aller sans trop de crainte…


#1312

Label DMA pour cet article des Inrocks et le bouquin dont il traite :

Sucre sel et matières grasses: Comment les industriels nous rendent accros


#1313

Ah je l’ai lu il y a quelques mois en vo, j’étais persuadé d’en avoir parlé. C’était super intéressant (les labos, les mécanismes physiologiques qui font qu’on réagit à tel ou tel ingrédient, les bastons entre géants du secteur), même si faut vraiment s’accrocher au bout d’un moment si t’es pas un giga passionné de nutrition et de ce qu’on met dans ton assiette. Le début part sur les chapeaux de roues (CES ENTREPRISES QUI NOUS MEENNNNNNTTEEENNNNT, LA COLLUSION DU TABAAAAAC ET DE L’AGRO-ALIMENTAIIIIIIIRREEEE), et après ça se stabilise sur un ton un peu moins sensationnaliste, mais fort bien documenté. Mais un peu chiant quand même, tout dépend du public qui va le lire.

Surtout que je pense que si tu es déjà qq’un comme moi (ou dma) qui ne mange chez lui que des choses qu’il cuisine lui-même, le truc te passe un peu au dessus de la tête, à part de te faire rouler les yeux et te faire frissonner sur la crise sanitaire en devenir/en cours. Mais chouette lecture, faut juste savoir ce que tu achètes comme bouquin. On n’est pas devant les Pentagon Papers ou le mec qui avait justement balancé l’industrie du tabac quoi.


#1314

Ah ça, plus largement les bouquins revendicatifs “faut pas” qui ne t’apportent rien niveau connaissance et te donne envie de contacter la personne car tu as plus approfondi le sujet que ce qu’elle en écrit (et perçoit alors le problème plus en profondeur et en complexité que ce qu’en décrit le bouquin).

Mais après, comme disait l’autre, il faudrait obligatoirement simplifier les démonstrations pour toucher (et donc sensibiliser) le plus grand nombre.
Pour certains cela va même jusqu’à voir l’exagération comme nécessaire, pour qu’alors les gens et les médias s’en saisissent sous la forme “faut pas exagérer !.. Mais quand même…”.

Livin’ in a buzz society.


#1315

Oui bon non je n’irais pas jusque là. C’est SUPER documenté et bien fichu, avec plein d’explications techniques. Juste que ça a moins d’impact personnel quant au final tu ne consommes que peu ou pas de nourriture transformée (genre plate cuisiné ou des snacks).
Par contre, c’est un bouquin que je recommanderais volontiers à toute personne intéressé dans le marketing alimentaire.


#1316

Ma réflexion était bien sûr une extension élargissante de la tienne et ne touchait pas à ce bouquin (que je n’ai point lu).
(donc (1) pourquoi j’ouvre ma gueule là (2) on s’en fout oui) :wink:


#1317

Imbattable manchette du NYT : l’ex-président de la Géorgie est désormais un vieux hipster paumé à Williamsburg.


#1318


Atlas of the Conflict Israel - Palestine
par Malkit Shoshan

Travail de somme - près de 500 pages - édité pour la première fois en 2010. Je vous comprends si vous préférez vivre sans cette migraine supplémentaire mais s’il vous prend l’envie un jour d’avoir une discussion sérieuse sur Israël et la Palestine, ou que vous culpabilisez comme moi manquer d’info et de connaissance sur le sujet, courrez acheter ce bouquin conçu au bout de dix ans de recherche par une architecte israélienne, qui s’est penchée sur la question pendant ses études quand elle a découvert que son projet universitaire de construction d’un centre commercial se situait sur les décombres d’un cimetière palestinien (oui, ça pose le décor).

Attention, c’est vraiment avant tout un atlas, c’est à dire 300 pages de cartes et de schémas pour expliquer les différents mouvements de population. On peut dire que c’est aride, et il faut s’armer de patience pour tout décrypter. Je suis loin d’en avoir fait le tour, mais je peux déjà témoigner que le poids des statistiques et des infographies est souvent plus parlant qu’un long discours. Le bouquin fait de son mieux pour expliquer la justification historique d’un état Hébreu dans la région mais le constat global est assez accablant pour Israël. Le dernier quart du bouquin est un imposant lexique reprenant tous les concepts et termes essentiels liés au conflit, laissant la parole à la fois aux visions israéliennes, palestiniennes et étrangères, des opinions qui ont évidemment tendance à s’entrechoquer et se contredire. Revient inévitablement, en toile de fond, la question des responsabilités anglaise et française dans cet incroyable merdier.

Au delà du conflit concerné, le bouquin est également une inestimable source d’information sur la politisation de l’aménagement d’un territoire, pratique socio-politique élevée au rang d’art par l’Etat Israélien mais qu’on peut également retrouver de manière moins radicale dans d’autres pays, cf. le découpage cantonal avant chaque élection française. Ce bouquin est inestimable.


The Untold History of Japanese Video Game Developers (volume 1)
par John Szczepaniak

Autre travail de somme, mais dans un tout autre registre, j’ai enfin fini le bouquin sur les développeurs japonais “oubliés” de Szczepaniak, fréquent contributeur au site HardcoreGaming101 et au magazine Retro Gamer. Passons outre la maquette qui provoquerait une rupture d’anévrisme chez Fabien. J’ai envie de vous dire : t’es enregistré sur Boulette à 35 ans et t’as pas lu ce bouquin, t’as raté ta vie. Plus sérieusement, c’est loin d’être parfait mais c’est quand même absolument indispensable. Et si nous ne lisons pas ça, qui va le faire ? Qui va transmettre ça aux petits enfants d’Ono dans sa capsule temporelle ? C’est blindé d’entretiens, pour la plupart inédits et concernant des sujets peu mis en avant sur le web (occidental comme japonais).

Certains passages sont passionnants et par moments les traces uniques d’un pan de l’histoire du médium, notamment les entretiens revenant sur la bande des jeux AX pré-Game Arts ou le petit groupe de Data West. Rien que ça, c’est canon. Même dans les trucs moins obscurs, je retiens Kōji Yokota qui explique les origines d’Ys III, les dessous de la création de Suzuki Bakuhatsu ou l’analyse très pertinente du mec d’Higurashi (une révélation, ce mec, j’avais rien à foutre de ses jeux mais il est intelligent et m’a donné envie de les essayer). L’interview de Joseph Redon, le pote d’Omar qui fait un travail de préservation dantesque et semble avoir énormément assisté Szczepaniak pour ces entretiens, est également un des meilleurs passages du bouquin. En plus, l’auteur pose souvent de bonnes questions en étant assez dur/direct avec les pauvres petits vieux qu’il interviewe. Ca lui donne parfois un ton de connard mais ça donne des réponses intéressantes. L’interview d’Inafune n’a pas grand intérêt mais par exemple, à ma grande surprise, celle de Koshiro est très chouette et détaille plein d’anecdotes sur sa mère pote avec Joe Hisaishi ou la création d’Ancient.

Après, tout n’est pas parfait. J’amnistie l’hagiographie involontairement hilarante de Kenji Eno, puisqu’il avoue être un fanboy fini du bonhomme, et je ne peux pas lui en vouloir de tomber complètement par hasard sur un mec qui a bossé sur Vixen 357 et de louper l’occasion d’en parler (car ça ne doit intéresser que moi). Mais il y a quelques vrais problèmes. D’une part, il a une obsession pour les jeux abandonnés en cours de développement - sans aucune forme de réflexion sur les raisons pour lesquelles ont été abandonnés ces projets (qu’il présente tous comme de facto géniaux, comme si c’était injuste que l’Humanité n’ait pas eu le droit d’y jouer). Non seulement ça en dit long sur la psychologie du bonhomme, mais ça le fait parfois louper ou court-circuiter certains sujets potentiellement passionnants sur des jeux pourtant finis et complets. D’autre part, son enthousiasme délirant pour le moindre jeu PC japonais obscur (toujours “tellement mieux que Metroid”, “tellement en avance sur son temps” ou autre remarque exaltée du même genre) passerait mieux si n’importe quel quidam n’était pas en pleine mesure d’essayer les jeux dans un romset ou de trouver des vidéos sur Youtube. Je pense que certains vont être désenchantés par les bijoux cachés du MSX2 tels qu’ils sont vendus dans le bouquin. Mais si ça peut faire essayer les catalogues de jeux PC japonais à certains, après tout, je suppose que c’est un mal pour un bien.

Autre potentiel problème, selon votre degré de tolérance, la transcription des interviews est assez particulière ; je pense qu’il voulait rendre ça plus vivant mais c’est parfois (souvent) assez bancal. Par contre, pour finir sur une note positive car c’est malgré tout un très bon recueil d’entretiens et c’est ce qu’il faut retenir de mon post, il a eu la bonne idée de cross-checker pas mal de sujets entre divers développeurs, en leur reposant les même questions posées plus tôt à d’autres. C’est un des trucs que je reproche à Flo qui, souvent faute de sources complémentaires, se retrouve à adouber une seule vision à la fois subjective et faillible sur des souvenirs datant parfois de plusieurs dizaines d’années. Dans le livre de Szczepaniak, vu qu’il s’est mis à interviewer pas mal d’ex-collègues, certains entretiens complémentaires corrigent ou remettent en perspective des réponses précédentes. Et ça, c’est précieux.

Sinon, ça me bouffe qu’il ait gardé en stock des trucs comme les interviews avec le staff d’Human ou avec Kūjo Kazuma, qui m’intéressaient personnellement plus qu’une énième interview de Kimura (le mec de Lovedelic). Ca justifie complètement un Volume 2, mais vu ses galères de tribunal avec les traductrices japonaises mentionnées dans le topic Rétro, j’ai désormais peur que ce volume 2 n’arrive jamais. Le DVD est un bonus sympathique mais complètement dispensable, à l’inverse de la version imprimée qui, en ce qui me concerne, fera un bon cadeau de noël pour au moins deux ou trois personnes.

Dans des domaines ma foi très différents, deux excellents bouquins que je conseille à quiconque. Ils sont dispos via Amazon UK.


#1319

Je ne compte plus le nombre de fois où quelqu’un m’a dit “Tel jeu était en cours de développement ? C’est génial/ça aurait pu être génial !” De ce qu’on en sait, les “bons” jeux annulés représentent une minorité. Suffit de s’essayer aux prototypes qui sortent régulièrement pour se faire une idée du niveau de la chose.

Je profite de ce post pour rebondir sur le sujet et détailler mon point de vue personnel.
En ce qui me concerne, leur intérêt ne réside pas tant dans les jeux en tant qu’objets ludiques que dans ce qu’ils apportent à la compréhension du parcours de tel ou tel développeur/compositeur/société. Pour reprendre un exemple que j’avais déjà évoqué ici, Yuzo Koshiro avait bossé sur The Stickman is back, un jeu Mega Drive qui, a priori, aurait du sortir entre SOR 2 et SOR 3 et dont les sonorités employées sont intéressantes pour qui s’intéresse à l’évolution de son style.
Dans un autre registre, Katsuya Terada a bossé sur Christopher Columbus, un jeu Super Famicom annulé dont je n’ai retrouvé mention sur aucun des sites dédiés au monsieur que j’ai visités récemment.
Dernier exemple : les jeux Sonic. J’aime bien les premiers épisodes de la série, mais je ne me fais pas beaucoup d’illusions quant à l’intérêt ludique des 257 jeux du blue blur restés enfermés dans un carton qui a pris l’eau. Ils ont surtout un intérêt historique pour qui souhaite se pencher sur la politique de Sega - et plus particulièrement de SOA - dans les années 90.

Les gens s’arrêtent généralement aux données visibles sans chercher à replacer le titre dans son contexte, à analyser, à voir qui a travaillé dessus, pourquoi il a été annulé. Rien qu’en regardant si je ne sais quelle petite boite japonaise a produit d’autres titres après avoir annulé le jeu dont il est question, on a des chances de pouvoir deviner la raison de son annulation. Ca implique notamment de rechercher quand le jeu est apparu dans tel ou tel mag, ce qui se fait malheureusement assez peu là aussi.
Le degré de curiosité des gens est divisé par deux une fois que quelqu’un a uploadé la ROM d’un prototype. Certaines personnes sont du genre à dire “on s’en fout, le jeu est dispo”.
Personnellement, je suis du genre à tout noter, y compris des choses qui s’avéreront peut-être inutiles. Mais, dans le doute, je garde tout, je note toutes les rumeurs et je les tamponne d’un “A VERIFIER” en gothique taille 72 - je dois pas être loin des 8000 jeux annulés/rumeurs, tout supports confondus.

L’un des autres gros problèmes de la “scène” des jeux annulés, c’est que c’est encore assez centré sur l’Occident. Il y a très peu de recherches dans la presse japonaise de l’époque ou sur des sites dédiés. On est quelques uns à traîner sur Nico² et sur des sites japonais (voir coréens, brésiliens ou australiens pour 2-3 d’entre nous) mais il n’y a, à ma connaissance, pas d’équivalent à Retromags ou à Abandonware-magazine, en dehors de Web.archive qui a une petite collection de Neo-Geo Freak. Ca rejoint l’un des points soulevés par le livre de Szczepaniak : le problème de préservation des infos et, par extension, celui de sa circulation.

Cela dit, je collecte autant les infos portant sur des jeux annulés que celles portant sur des jeux sortis ou en cours de développement.

tl;dr: jeux annulés = source d’info en manque d’amour
[/HS]

Toujours pas fini le livre en question mais globalement, jusqu’ici, je partage ton avis.


#1320

Je suis en train de lire la biographie de Philippe Druillet, je ne sais pas si j’aurais du, mais c’est passionnant.

Passionnant et un peu triste aussi, son travail m’a toujours fasciné mais je ne connaissais pas l’homme, pas vraiment en tout cas, tout ce que je savais sur lui je l’avais lu par le prisme de Metal Hurlant mais ça n’était jamais allé très loin. On devine la folie et une grosse consommation de drogue dans ses dessins, voir les deux, et son histoire personnelle valide certaines de mes théories. Avec des parents collabos et fiers de l’être jusqu’au bout (devinez d’où vient son prénom), son œdipe ne s’est pas très bien passée, et comme on pouvait l’imaginer ça a laissé des traces profondes indélébiles.

Ce livre est aussi passionnant pour ses anecdotes, parce qu’il a bien entendu côtoyé tous les grands de l’époque, même si je me garderai bien de tout prendre comme argent comptant. Il n’est pas tendre avec Moebius par exemple, ou plutôt si, il l’est, mais il précise tout de même qu’il était (Jean) à la fois son meilleur pote et son pire ennemi.

Ce qui est sur, c’est qu’il ne se cache pas derrière un rideau, pour le meilleur et pour le pire. On découvre un homme plus instinctif qu’intellectuel, néandertalien comme il le dit lui même, un peu con aussi parfois, qui passe sans arrêt à côté d’énormes opportunités à cause de son comportement ou de ses mauvais choix, qui parle parfois de lui à la troisième personne, qui est simultanément fier de lui et tout le contraire, un peu parano aussi, il pense qu’on lui a tout piqué, ce qui est sans doute un peu vrai mais il faut pas déconner non plus. Quand il explique que des Japonais viennent le voir parce qu’ils veulent faire une série sur ses livres, qu’il leur dit non, que ça a donné San Ku Kai et qu’il dit “ils m’ont tout pompé” je dis non.

Dans le genre, il explique c’est c’est Greg (le dessinateur d’Achile Talon) qui a déconseillé Dargaud d’acheter Goldorack “parce que c’est de la merde, ça ne marchera jamais”

Il préfère manifestement l’époque Pilote à l’époque Metal Hurlant, au point qu’il ne supporte plus qu’on lui en parle, mais je peux aussi le comprendre vu le nombre de docs et autres sortis sur le sujet.

Je n’en suis qu’à la moitié, mais je suis déjà plein de mixed feelings, c’est à la fois chouette, et simultanément ça casse l’image que je m’en faisais, mais c’est toujours le risque avec une bio.

Druillet est dans le dernier Tracks pour parler de cette bio.

(A partir de 20:57)