Le topic des lectures

#1461

Et Lindsay sait de quoi elle parle : Elle avait fait toute une série sur “Booze your own adventure: let’s crowdwrite via Twitter our own young adult novel”.

C’átait bien chouette, puisque l’idée était de faire un pastiche et pas une parodie, donc il fallait suivre les tropes à la lettre.
La discussion sur “Quel être fantastique va tomber amoureux de notre héroïne mystérieusement attirante malgré sa peau trop blanche et ses yeux trop noirs” vaut son pesant de cacahuète.

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#1462

Trois chouettes longs articles tombés sur Internet récemment :

  1. Une journaliste de Kotaku essaie de retrouver le pilote complet du fameux remake américain de Sailor Moon envisagé par Saban. Ca part dans une direction inattendue vers la fin.
  1. Un shérif de l’Arkansas et son équipe démontent un réseau illégal de paris sur des combats de coqs dans la communauté mexicaine de son bled. Glaçante plongée dans la psychose ambiante des Etats-Unis de Trump, avec un détour assez absurde dans l’industrie locale du poulet. On a déjà l’impression de voir le film tiré du fait divers raconté dans l’article. Recommandé si vous aimez les ambiances « l’Amérique un peu plouc des petites gens » façon Breaking Bad / frères Coen.
  1. Plus léger, pour les nostalgiques des mésaventures du collège ou les amateurs de séries TV comme Daria, Why I lied to everyone in high school about knowing karate. Le pitch est dans le titre donc, si vous n’êtes pas déjà convaincus, je n’ai pas d’autre argument.
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#1463

Si vous avez 2h de libre et une envie de perdre un peu plus foi en l’humanité, un article fleuve sur les atrocités commises aussi bien par des prêtres que par des bonnes soeurs dans les orphelinats aux Etats Unis, au Canada ou encore en Irlande, et sur les procès peu fructueux qui ont été tenus à une époque où ses accusés étaient placés au dessus de tout soupçon par l’opinion publique.

En un peu plus réjouissant, une conversation entre Neil Gaiman et Kazuo Ishiguro sur la question du genre littéraire et le cortège de préjugés et de restrictions qui accompagne l’apparition d’une catégorie déterminée par des libraires et/ou des éditeurs.
Ca me fait penser que quand je veux me prendre un livre de Jules Vernes ou d’Arthur Conan Doyle, sauf à me rabattre sur une collection prestige, je dois bien souvent me rendre au rayon enfant pour trouver mon bonheur.

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#1464

Alors, un contre-conseil lecture (qui est plutôt un contre-conseil cadeau) : il y a une mise en bédé de Proust qui circule depuis 15 ans dans les mauvaises librairies, et c’est une putain de grosse merde. C’est la 5e fois que quelqu’un de bien intentionné me l’offre, et NON.
C’est un projet éditorial cynique au niveau des jeux “éducatifs” qui n’ont pour vocation ni de divertir, ni d’éduquer, juste de faire cracher des sous à tata Josette pour l’anniversaire du dernier gamin. En tant qu’adaptation, c’est navrant et plat au possible, le dessin est une dégénérescence du pire sous-Hergé sous tranxene imaginable, tous les gens qui ont bossé dessus n’avaient aucun respect ni pour l’auteur, ni pour le lecteur, c’est une purge sans nom qui ne donne ni envie de lire Proust et encore moins envie de l’aimer.
C’est typiquement le genre de produit fait pour offrir parce que personne ne pourrait avoir du plaisir à lire cette merde. Mais hey, trop tard, déjà offert !

Et ce qui me fout encore plus en rogne, c’est que si ça se trouve encore en librairie, c’est que ça se vend non-stop depuis que ça existe. Bande de fumiers.

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#1465

Coucou Boulette !

Je viens de lancer ma revue, L’1nterview. Son concept : 1 numéro, 1 entretien.

Pasdepolitiquemais dans le n°1, j’interroge deux anarchistes qui ont combattu Daech en Syrie pour défendre la révolution kurde.

Dans le n°2, ce sera Viktor Antonov (février 2019), dans le n°3, Alain Badiou (avril), et dans le n°4 (scoop spécial Boulette), une actrice française d’origine ukrainienne (juin).

C’est dispo en ligne et dans 10 librairies parisiennes. Et y a un compte Twitter. C’est un projet super important à mes yeux donc je vous remercie d’avance pour votre soutien :cow:

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#1466

Bonne chance, coco. C’est un peu Thinkerview sur papier, du coup ? Marrant d’avoir fait ça à l’écrit plutôt qu’en podcast mais évidemment ça permet d’autres choses / invités. C’est la même pagination (et le même prix) pour chaque numéro ou bien tu adaptes en fonction du contenu ?

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#1467

Merci ! Alors le modèle c’est plutôt OffCamera (du temps où ils avaient encore une version papier), mais c’est vrai que ça s’apparente aussi à Thinkerview.

A priori je vais essayer de garder la même pagination et le même prix à chaque fois, mais c’est possible que ça change si j’ai un entretien sensiblement plus court que les autres, par ex. Le premier numéro c’est 80 000 signes d’itw + 20 000 signes d’encadrés qui contextualisent, et ce sera pas forcément évident de faire ça à chaque fois ^^

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#1468

Tiens je l’ai lu en pointillé cette année, 9 ans après ta reco, et autant d’années en wish list sur Amazon, et à peu près en même temps que tout le monde l’ai redécouvert en 2018 on dirait. Et bien sur, livre encore plus effroyablement d’actualité qu’il ne l’était auparavant.

C’est “marrant” comme Collapse prend tout son sens en 2018 d’une manière qui aurait inimaginable il y a une quinzaine d’années, en tout cas pour moi. Étrange hasard personnel aussi que je sois arrivé à ce livre à ce moment précis, et que cela m’ait pris autant de temps, alors que cela fait quelques années que je rumine des idées similaires prises à droite et à gauche (effondrement des chaines alimentaires, changement drastiques et profonds de pans entiers de nos sociétés sous la contrainte). Le zeitgeist de 2018 trouve une folle résonance à la lecture de Collapse en tout cas. Prévoyez quelques semaines, c’est dense par contre. Et une solide dose antidépresseurs aussi.

J’ai quelques trucs plus légers en non fiction sur le feu dont je ferai le récap plus tard.

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#1469

Alors, euh, Collapse, ça a plein d’images intéressantes, mais ça a été violemment remis en question par tout un tas d’anthropologues qui disent, en gros “je ne remets pas en question la thèse générale du bouquin parce que je n’en ai pas les compétences, mais dans ma civilisation que j’ai passé ma vie à étudier, ce qu’il raconte, c’est un peu de grosses conneries”. Et le chercheur suivant, et le suivant, et le suivant.


En gros, Diamond est parti de son point de départ “on est en train de tuer notre environnement et on va tous mourir” (no shit sherlock) et a juste cherché des points qui justifient ce qu’il raconte sans vraiment s’emmerder à regarder les autres interprétations possibles. C’est ni très rigoureux, ni du coup très instructif en fait. C’est anxiogène comme regarder Fox News qui raconte des choses pour te faire peur et te pousser à agir dans la direction qu’ils veulent à partir de faits déformés ou carrément inventés.
Questionning Collapse était largement plus intéressant parce qu’il donnait une autre vision de l’humanité, beaucoup moins influencée par une vision quasi “Sid Meyer’s Civilizationesque” que Jared a parfois. Les sociétés changent, évoluent, deviennent d’autres choses. Y’a aussi une vision de “La Nature” clichée chez Diamond, entre Rousseau et Thoreau, romantique mais absolument pas scientifique.

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#1470

Oui, Iggy soulève un point crucial : ne pas prendre ce que dit Diamond au pied de la lettre - beaucoup d’approximations voilent un peu ses conclusions sur les organisations humaines et leur exploitation des ressources (en ignorant par exemple des changements climatiques qui n’avaient rien à voir avec les rites sacrés de Jean-Bernard @ l’Ile de Pâque). Le livre a été justement disséqué et critiqué sur sa relative faiblesse méthodologique.

En terme de succès commercial et diffusion d’hypothèses fausses mais toujours tenaces dans les esprits, ce serait assez comparable à The Naked Ape de Desmond Morris (1967) et ses hypothèses largement réfutées depuis (la bipédie rendue obligatoire par l’apparition de la savane, par exemple).

(Néanmoins, dans le fond, les deux bouquins ne sont pas entièrement à jeter à la poubelle et il reste facile de meh des auteurs en hindsight, surtout à partir de trouvailles archéologiques qui changent la donne ultérieures à la rédaction des ouvrages ! J’ai envie de relire Le Singe Nu d’ailleurs, surtout le chapitre qui explique le comportement social des humains en zone de densité forte, où les charges de sexualité et de conflit sont si fortes que toute le monde fini par s’ignorer afin de préserver l’équilibre. A lire dans le métro.)

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#1471

Une chouette vidéo de LGR sur Elastic Reality, le logiciel utilisé pour les légendaires couvertures de la série Animorphs. (Voici le lien pour la VHS tuto.)


En parlant de la chaîne Youtube LGR et de littérature, j’ai commandé et déjà en partie dévoré le bouquin A Pattern Language mentionné dans sa vidéo sur SimCity (cf. le topic Rétro) la semaine dernière.

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C’est peu dire que c’est touffu, un joli bébé de 1170 pages divisé en trois grands thèmes de réflexion ; ce sont les Towns, Buildings et Constructions mentionnés sur la couverture. Le bouquin est lui-même le second volume d’une trilogie (ensuite devenue une octologie) de recherches universitaires sur l’urbanisme américain et post-industriel du milieu des années 70. Une certaine théorie du fun.

A Pattern Language s’attache à étudier et élucider les modèles de comportements et d’organisation innés chez l’être humain, en s’inspirant fortement des progrès faits à la même époque par l’informatique (et notamment l’élaboration d’une logique grammaticale pour soutenir le langage informatique), afin d’établir des schémas d’organisation et de structure (urbaniste mais aussi sociale) applicable à toutes des échelles micro et macro de communauté. Vous serez sans doute amusés mais pas totalement étonnés d’apprendre que le bouquin a fortement influencé les préceptes de la création du tout premier wiki, et mon impression en lisant ce bouquin est d’ailleurs qu’il n’a absolument rien à faire couché sur du papier, et qu’il serait mieux adapté au web et au format hypertexte. Je trouve en outre qu’on n’a pas tant besoin de le lire dans l’ordre, et qu’on peut plonger dedans à sa guise pour découvrir comment on décide l’emplacement approprié d’une fenêtre, comment construire une ville qui éduque mieux les enfants, comment répartir divers bureaux sur divers étages pour que les départements bossent mieux ensemble, à quoi doit servir le hall d’entrée d’un immeuble, l’agencement idéal d’une chambre avec plusieurs lits dedans, l’importance psychologique des plafonds, etc.

Saféréfléchire, en gros. Je le recommande à n’importe quel(le) Level Designer qui traîne dans le coin.

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#1472

Whoo, merci pour la découverte. Il y a 5 ans, une artiste a produit un mock-up de livre numérique mais ça n’a hélas pas abouti sur une app concrète.

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#1473

(Intéressant, ce mock-up, dommage que cela n’ait pas abouti.)

Un long article du New Yorker sur India Madhavi, l’artiste parisienne à l’origine du design de Sketch, le « salon de thé le plus populaire sur Instagram » de Londres.

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#1474

Les choses vont décidément plus vite (et en nombre) avec les nouveaux acteurs du streaming.

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#1475

Lagerfield est mort. J’avais eu la chance de me retrouver dans son bureau un peu par hasard il y a une dizaine d’années, grand souvenir perso. J’en parle ici car c’est l’occasion de vous conseiller le bouquin Beautiful People d’Alicia Drake, portrait croisé et pimenté de la rivalité entre YSL et Lagerfield de leurs débuts dans la France des années 50 à leur crépuscule dans les années 2000. Un regard fascinant sur l’univers de la mode parisienne.

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#1476

J’ai commencé White tard hier soir après un apéro et avec du sommeil à récupérer ce qui ne s’est pas avéré être une excellente idée pour dépasser les cinq premières pages.

Pour ceux qui n’ont pas suivi, c’est le premier livre de BEE depuis neuf ans - si l’on considère avec une extrême mansuétude qu’Imperial Bedrooms était un livre, perso je m’en servirais à peine pour caler ma Play en mode tranche - qui s’exprime cette fois-ci sous la forme d’un essai, une première pour lui. Vu les thèmes abordés (la bien-pensance des libéraux, Trump, #metoo etc.), la promo a été par moments assez mouvementée comme en atteste cette très commentée interview du New Yorker, désagréable à lire et complètement à charge.

J’avais peu à peu décroché de ses podcasts, vu The Canyons dans un moment de détresse et je ne connais son Twitter que par le prisme de ses saillies les plus polémiques mais vu la rareté de sa production (huit livres en trente-quatre ans de carrière), c’est un plaisir de se retrouver avec un bouquin de BEE entre les mains tout en n’ayant toujours pas réussi à déterminer si c’était un écrivain talentueux, un polémiste médiocre ou les deux.

Quelqu’un l’a commencé/lu ici ? La traduction française arrive ce jeudi.

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#1477

Je me tâtais pour m’y mettre mais vu le niveau de bruit blanc qu’on se tape tous les jours sur le sujet ça s’apparenterait à du masochisme (au final je le choperai probablement en poche dans une gare quelconque).

L’entretien du guardian est bien plus peaceful que le scud de petit malin du New Yorker et je partage largement les réserves de la journaliste au sujet du dit article.

Toute cette histoire m’a donné envie de relire American psycho (que j’ai lu plein de fois en français mais jamais en VO). Ça reste pour moi un monument de littérature satirique mais j’imagine pas l’enfer que ce serait s’il sortait maintenant (déjà qu’à l’époque c’était un beau bordel). Pourtant on fait difficilement plus hénaurme.

C’est de loin mon préféré avec Lunar Park qui n’est pas cité souvent comparé à Less than Zero. Je le conseillerais à n’importe quel fan de Stephen King, notamment pour son final incroyablement émouvant, chose rarissime chez l’auteur.

C’est les deux que je garderais in fine après avoir tout lu (même les purges genre Imperial Bedrooms ou les faux mails de Bateman envoyés en chain mail pour la sortie du film, enfin c’était peut-être du pastiche promo).

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#1478

Mon lien hypertexte vers l’article du Guardian était un poil trop subtil. Mon mauvais.

Pour revenir sur l’entretien au New Yorker, je suis en train de me demander s’il n’a pas voulu démontrer par l’absurde exactement ce qu’il pointe dans White, en se prétendant plus candide qu’il ne l’est afin d’exposer le côté procédurier et agressif du journaliste dont il a vite identifié les intentions.
En plus, qui va décemment croire qu’il ne bite rien à la politique de son pays quand on connait le personnage et qu’on a lu ses livres.

Je suis d’accord avec ton top 2 auquel j’apporterai juste une légère précision : si American Psycho se lit super bien en standalone, je conseillerais plutôt Lunar Park comme 3ème ou 4ème bouquin parce que je doute qu’il garde tout son intérêt sans une bonne vue d’ensemble du taf de l’auteur, notamment à cause de son côté référencé.

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