[Supa Pivot Country Club] La tanière des polyglottes


#381

J’ai l’impression que cette remarque peut s’appliquer à n’importe quelle presse spécialisée (dont et surtout le jeu vidéo d’ailleurs). Si je pouvais, je jetterais l’anathème sur gameplay et casual, anglicisme vidés de tout sens et de toute pertinence à force d’être utilisés à tort et à travers. Mais c’est un autre débat.


Flattés de notre intérêt, la Commission générale de terminologie et de néologie s’est fendue d’un beau chef-d’oeuvre cette semaine.

What. C’est nul ! C’est complètement naze, ça n’a aucun sens. Ca me fait penser à cette distinction géniale entre Animal Crossing et les Sims sur laquelle j’étais tombé ici :

Comment peut-on rendre le sexting, qui est fondamentalement une activité animalcrossienne (cf d’ailleurs les sympathiques dérives de la boîte aux lettres 3DS et du Miiverse), avec de la “textopornographie”, qui serait, au mieux, le fait de faire voir à son Sim une scène porno en ASCII ? Je désapprouve farouchement, et m’engage à désormais utiliser le mot sexting, que je n’avais encore jamais utilisé de ma vie il y a encore un paragraphe. Bravo la commission des néologismes, bravo.

Les autres trouvailles de la semaine sont… spéciales, et dans le thème, et dans la lourdeur du néologisme proposé.

vidéoagression, n.f. =_=
Domaine : Droit.
Définition : Captation audiovisuelle effectuée par un complice de l’auteur d’une agression infligée par surprise, en vue d’une diffusion dans un réseau électronique.
Équivalent étranger : happy slapping.

pédopiégeage, n.m. Oo;
Domaine : Droit.
Définition : Agissements d’un individu qui circonvient un enfant à des fins sexuelles, notamment par voie électronique.
Équivalent étranger : child grooming, grooming.


Sur lefigaro.fr, article intéressant sur le thème “Comment sont choisis les noms d’opérations militaires


#382






?!?


#383

“Soutien-gorge”

“Gorgeous”

Google Image, toujours premier sur l’étymologie.


#384

Petite question pour les japonisants. En mattant ce chef d’oeuvre pasolinien qu’est Albator : le corsaire de l’espace, je me suis aperçu que ce que les sous-titres rendaient systématiquement par “planète” en français était en fait le mot 故郷 (furosato). Je vois bien le sens global du terme japonais, l’idée du vieux village natal, et par extension d’une espèce de “home sweet home collectif”, qui fait sens avec le scénario où la Terre est un astre où les colons tentent de revenir, mais je serais curieux de savoir si la notion de furosato est tellement large et extensif qu’elle désigne n’importe quel type de lieu (village, ville, pays, planète, voie lactée, peu importe pourvu qu’on y soit né), ou si c’est le traducteur qui a pris la liberté de traduire par “planète”, une notion simple et concrète facile à comprendre, pour éviter de se trimballer toute la nuance un peu lourde à rendre du “lieu d’où l’on vient et dont on est vachement triste de ne plus y être parce qu’on est tous des déracinés”.

Je ne suis pas sûr que ma question soit claire mais je vous promets que dans ma tête elle l’est.


#385

C’est ふるさと, pas ふろ. C’est “là d’où tu viens”, où t’es né(e), un terme hyper commun. C’est une des premières choses que tu demandes quand tu engages une conversation en soirée, surtout dans une mégapole comme Tokyo ou Londres/Paris/NY/LA. Enfin, je ne sais pas si c’est le cas de tout le monde mais c’est un excellent topic starter quand tu ne connais pas la personne en face de toi.

Tu sur-interprètes l’aspect nostalgique qui dépend évidemment du contexte. Dans le film, je suppose que ça colle mais il n’est pas rare qu’une personne ayant longtemps habité Tokyo préfère oublier qu’elle vient vraiment de la cambrousse, jusqu’à ce qu’on demande “non mais, ton furusato, c’est quoi ?” “ah euh j’ai grandi à Narashino…”. Je pense que la personne en charge de la traduction a préféré laisser tomber car c’était dur à exprimer avec un seul mot ou à caser proprement dans la limite de place des sous-titres. T’es sûr que ce n’était pas plutôt systématiquement traduit “notre planète” ? Je pense que la trad la plus proche dans un tel contexte serait “chez nous”, mais c’est un peu plus ambigü.


#386

Merci pour les précisions. Je pensais effectivement à “chez nous” ou “notre bonne vieille planète” (peut-être trop insistant) comme traduction plus littéraire. Le terme revient vraiment plein de fois dans le film donc je n’ai pas fait gaffe à noter la traduction exacte à chaque fois, surtout que c’était parfois combiné à 地球. Mais ça allait clairement vers “notre planète, la Terre”, ou “notre planète Terre” globalement, quand les deux étaient associés.

Marrant que ce soit un terme aussi commun que ça. Je l’ai croisé pour la première fois dans un cours de sociologie du Japon, donc j’en ai retiré que ça désignait un concept un minimum abstrait ou pédant, alors qu’apparemment, pas du tout.


#387

En même temps, je suis déjà abstrait et pédant en français, donc je veux bien croire que c’est pareil en jap’, mais il me semble qu’en l’occurrence, c’est un terme assez banal ; les vrais bilingues pourront confirmer.

Pourquoi a-t-on mis trois cents ans pour donner un nom latin scientifique aux tortues géantes ?
Sans doute une anecdote apocryphe mais un de mes moments préférés de QI :

Et puisque j’évoque les patronymes et l’Angleterre, voici qui a été élue Worst Lady of 2013 sur Imgur :

(Le bijou est à 5:55 mais toute la conversation vaut le coup.)


#388

Au cas où vous auriez raté, sublime perle d’une journaliste de Newsweek :

L’italique n’est même pas de moi, mais de l’article original, qui accumules les affirmations délirantes. Celle-ci vaut bien le topic Supa Pivot.

(edit avec le bon lien)


#389

Je me suis toujours demandé si les anglais avaient conscience de l’origine des dizaines (centaines ?) de termes français qu’ils utilisent. Ça me donne un début de réponse.


#390

C’est beau.


#391

Je vous conseille le fact-checking sur le blog décodeurs du monde

Et moi qui pensait que NewsWeek c’était du sérieux…


#392

Une pensée pour ces centaines d’étudiants chargés de refourguer le magazine à tous ces jeunes bâcheliers, parce que, quand même, SOIXANTE QUINZE POUR CENT DE REDUCTION pour un abonnement d’un an.


#393

Ermm n’est-ce pas tout simplement un clin d’oeil fait à cette vieille légende urbaine ? C’est comme cela que je l’aurais compris, perso. Employé en connaissance de cause, c’est tout de même un bon mot assez exceptionnel.


#394

J’y ai pensé, l’article du blog Décodeurs en parle d’ailleurs, et ça aurait pu être crédible, mais dans le cadre de cet article, à base de

, de

et de

, ça ressemble plus à la cerise sur le gâteau (qui bouge).


#395

Le Canard de cette semaine (qui a également un topo intéressant sur les finances de Dieudonné) parle de cet article et rappelle à juste titre que le Washington Post a revendu NewsWeek (en 2010) ; après multiples reprises et la cessation temporaire de son édition papier en 2013, le site web et la marque “NewsWeek” sont actuellement la propriété d’un groupe de média détenu par un Français (!) et critiqué pour ses connexions douteuses.


#396

4chanLOL édition polyglotte :


A map of the United States with each state’s name replaced with its etymological root translated into English.


#397

J’ai rien compris à la dernière. Enfin si, je suppose que ça se réfère à ça, mais c’est quand même du grand nawak. Alors que…


Celle-ci est géniale \o/

En un clin d’œil, on identifie immédiatement les langues non-indoeuropéennes (dut basque, minä/mina finno-ougrien, et avec un peu de vigilance, le én hongrois). On repère aussi clairement les principales familles et sous-familles : nordique en eg/jag/jeg, germanique occidentale en I/ich/ik, slaves en ja/ya, etc…

Quelques remarques qui me viennent :

  • le ego grec est traître : il correspond davantage, à ma connaissance, à “moi” qu’à “je”.
  • un linguiste me faisait remarquer que le français est une langue inutilement casse-couille, l’une des rares à mêler pronoms personnels obligatoires PLUS conjugaison, ce qui d’un strict point de vue pratique, est complètement inutile. Si les pronoms sont donnés, la conjugaison par personne n’apporte aucune info supplémentaire ! D’ailleurs les autres langues latines sont plus logiques que nous puisque yo/tu,el, etc (pour prendre l’exemple espagnol) sont parfaitement facultatifs. A l’inverse, dans un certain nombre de verbes anglais, la conjugaison par personne étant presque inexistante (go/go/goes/go/go/go), là, oui, les pronoms ont un sens. Mais dans vais/vas/va/allons/allez/vont, on peut parfaitement s’en passer d’un point de vue fonctionnel, et c’est plus une anomalie linguistique qu’autre chose que le français et conservé deux formes redondantes de marqueur de personne. J’avais trouvé ça bien vu.
  • ça serait intéressant d’avoir la même chose pour la seconde personne du singulier, où il y a une régularité assez impressionnante (tu/du/you/ty, en langues latines, germaniques, anglaises, slaves occidentales, jusqu’au anta arabe et au anata japonais, mais là ça devient du hasard cosmique).
  • L’albanais. Que veut-il ? D’où vient-il ? Pourquoi contredit-il tout le monde ? C’est la seule langue indoeuropéenne dont personne ne comprend à quoi elle se rattache.



En effet.


#398

Sop, aime bien les remarques que fais sur l’inutilité des pronoms puisqu’avons la conjugaison.


#399

Aldo, juste pour savoir, tu voulais dire que “si, nous avons besoin des pronoms, la preuve, cette phrase est compliquée et ambigue dès la première proposition ?” ou “lol, effectivement, cette phrase prouve qu’on a pas besoin des pronoms” ? Parceque j’ai pas compris. (Donc on a besoin des pronoms.)


#400

Alors, outre que le japonais est la preuve qu’on peut faire des phrases compréhensibles sans pronom ni conjugaison, celle d’Aldo me semble prouver qu’ils sont effectivement redondants du point de vue du sens en français (pourvu qu’on ait un contexte, certes). La phrase d’Aldo est évidemment bizarre, mais elle est compréhensible et aucunement ambiguë.

C’est un peu comme si on s’amusait à changer l’ordre des adjectifs. Une petite table rouge, ça ne choque personne. Une rouge table petite, c’est éminemment bizarre. Mais ça reste compréhensible, et du strict point de vue du sens, les deux phrases sont identiques.