[Supa Pivot Country Club] La tanière des polyglottes


#441

Ca me fait penser à “Aujourd’hui” qui est déjà pléonastique de base puisque “hui” signifiait “en ce jour”.

“Au jour d’aujourd’hui” craint donc vraiment un max.


#442

Puisqu’on parle des vieux toponymes, explications intéressantes sur le très discuté “La Mort-aux-Juifs” :

Dans un même ordre d’idée, impossible de ne pas évoquer Montcuq et La chaume au cul rond, qui me faisait mourir de rire quand je n’étais qu’un préado nivernais idiot (heureusement depuis je suis devenu un préado parisien idiot). Cul/cuq n’ont donc évidemment aucun rapport avec un quelconque séant, mais avec la vieille racine préceltique “kuk”, qui désigne une hauteur ou une colline. Ce qui signifie donc que Montcuq est également un parfait toponyme pléonastique, en plus d’être éminemment rigolo (sauf quand on est Montcuquois).

Sinon j’étais dans les Pyrénées-Orientales en vacances, et j’ai eu l’occasion de visiter le village de Castelnou (allez-y, c’est méga mignon et on y mange les dernières tomates avec du goût de la planète). Après m’être un peu gratté la tête devant la signification possible en catalan du “nou” de Castelnou (“noir” ? “nôtre” ?), j’ai fini par apprendre qu’il s’agissait de “neuf/nouveau” (donc plus proche de new que de nuevo, étonnamment), et de me rendre compte que Castelnou était l’exact cousin sémantique de Châteauneuf et de Newcastle, et me demandait s’il y avait d’autres cousins étrangers et/ou d’autres toponymes “universels” qu’on puisse retracer. Pas trop eu le temps de faire des recherches dessus malheureusement (malgré un statut évident de first world problem), mais si jamais, hein, je suis preneur. Je me demandais notamment si on trouvait des toponymes équivalents dans des langues non-européennes, genre Shinshiro au Japon.


#443

Allons !? Comment peux-tu être étonné alors que t’es juste à quelques kilomètres de… Tu serais surpris en te baladant du côté ibérique à quel point le catalan ressemble plus au français qu’à l’espagnol (on comprend absolument toutes les affiches/pubs/signalisations/étiquettes). Ce qui est marrant, c’est à quel point juste en face, dans les Pyrénées Occidentales, tu trouves une langue qui n’a absolument rien à voir avec la choucroute. Et ce qui est encore plus drôle, c’est que le français ne leur a quasiment rien pris, si ce n’est un mot qui résume bien les relations de la région avec ses voisins culturels.


#444

Alors crois-le ou non, mais le Camp Nou est ancré dans ma mémoire fossile depuis tellement longtemps que je ne m’étais jamais posé la question de sa signification (c’est après avoir visité Castelnou que j’ai fait le rapprochement).

Pour le catalan, tu en as en fait partout en Pyrénées Orientales dans la signalisation, notamment les noms de ville et de rue, qui sont systématiquement à double affichage ; et effectivement, le catalan ressemble à l’espagnol d’un Français qui apprendrait l’espagnol depuis deux mois, donc autant dire que c’est très compréhensible pour pas mal de termes (même s’il y a des exceptions bien sûr).

Ce qui m’a d’ailleurs pas mal fasciné, c’est que les PO se revendiquent énormément de la culture catalane - ce qui est historiquement normal -, avec une identité culturelle très affirmée (maillots de Barcelone un peu partout dans les boutique, occurrences de la désignation “Catalogne Nord” au lieu de “Pyrénées Orientales”, noms de villes et de rues en affichage bilingue, drapeaux catalans en veux-tu en voilà - j’ai même trouvé un Space Invaders peint aux couleurs catalanes sur un mur !). Et paradoxalement, à côté de ça, le catalan m’a semblé très peu parlé de ce que côté de la frontière

Spoiler

(bon en plein mois d’août je veux bien croire que mon appréciation ait été biaisée)

, avec le niveau de compréhension le plus bas de tous les pays catalans.

D’ailleurs puisqu’on est sur le sujet, j’ai appris au passage que le catalan était également parlé en Italie, et plus exactement dans la ville d’Algher en Sardaigne, où 60% de la population le parlerait dans une version légèrement évoluée, l’alguérois. Plus d’infos ici.

Toujours sur le même sujet (je vide un peu mon balluchon de vacances, désolé si ça flirte avec le HS), il y a un très intéressant article de L’Express sur les paradoxes de l’âme catalane en PO.


#445

Pasdepolitiquemais je me suis bien marré avec ce lexique du nouveau parlé facho.


#446

One Man’s Quest to Rid Wikipedia of Exactly One Grammatical Mistake

50.000 articles corrigés.

Spoiler

Et bien sûr, l’erreur grammaticale n’en est même pas une.


#447

Le topic polyglotte en seconde page, je suis tristesse.

Γύρος = gyros. C’est la transcription directe, et l’une des plus innombrables preuves de la plus grande arnaque de votre scolarité : le “i grec” est u. Plus exactement un u court et fermé, ce que signifie son nom grec “upsilon”, dont la majuscule, Y, est celle que l’on a utilisée pour former la minuscule y qui n’existe pas en grec. Histoire de compliquer un peu plus l’affaire, en grec υ se lit désormais “i”, comme ι, le “i” grec historique, appelé iota, si bien que le Y est aujourd’hui bien un i grec mais dont la minuscule est notée comme un u. Vous suivez ?

Ψυχολογία se prononce donc comme

Spoiler

psychologi(a)

. Oui, comme en français, mais avec que des pièges dedans.

(Autant dire qu’on s’amuse beaucoup à l’aéroport d’Athènes.)

De manière plus générale, l’alphabet grec a deux voyelles en double, Ε/ε Η/η pour le e, Υ/υ et Ι/ι pour le i. Dans les deux cas, c’est la longueur de la voyelle qui les distingue, la première est brève, la seconde longue.

Le français ne fait pas la différence entre les deux. Le seul allongement de voyelle que l’on connaisse, c’est la nasalisation (an, in, on, etc.). Contrairement à l’arabe ou au japonais qui font des différences très nettes, au point de changer complètement le sens d’un mot, selon qu’une voyelle y soit longue ou courte, genre kashu chanteur et kashuu anthologie, recueil de poème. Je ne sais pas si la distinction existe également dans d’autres langues européennes (de fait elle existe en anglais à l’oral mais n’est pas notée). Peut-être en russe ?

Puisque cette réflexion n’a pas de chute, je me dois au moins vous signaler l’existence de la ville de Y.

(À ne pas confondre avec Σ_(somme), hu)


#448

Sheet / Shit ? (mais je n’ai que cet exemple en tête)

D’ailleurs, pourquoi “example” (avec un a) en anglais et “exemple” (avec un e) en français ?


#449

Manifestement parce que les Anglais - donc les Français du nord débarqués sur l’île au XIème siècle - ont dévié sur essample, tandis que les Français restés en France et proches de l’Eglise Catholique sont revenus à l’orthographe plus proche d’exemplum (en latin).


#450

En anglais c’est très important comme le souligne PetitPrince : sheep/ship, bean/bin, pit/Pete, y en a partout et c’est source d’incompréhension et d’attendrissement pour les locuteurs anglais quand ils les entendent.
En finnois, c’est vital, les lettres doublées donnent des mots aux significations complètement différentes, mais c’est une langue qui prononce strictement toutes ses lettres, et adore sa grammaire impactant lourdement la prononciation, et réciproquement (harmonie vocalique).
En russe, pas de voyelles doubles il me semble, mais l’accent sur le mot peut changer la prononciation d’une lettre, молоко se prononce (grossièrement) malako, le o n’est prononcé en a qu’avec l’accent dessus.


#451

Ou la première fois que l’on te parle de cheat sheet


#452

(Pour l’anglais, je parlais de la différence de notation, je disais pas qu’il n’y avait pas de différences de prononciation, don’t get me wrong, hein).

La faute à Chaz et son saugrenu redîte, je découvre avec une double horreur qu’il est décrété depuis 1990 que toute lettre i ou u ne prend plus d’accent circonflexe, sauf cas spécifique d’homophonie complète (il croit de croire Vs il croît de croître, ou être mûr pour se prendre un mur et non l’inverse), et qu’en outre la diffusion de ces réformes est assurée par une association de linguistes et d’académiciens réellement intitulée Renouvo.

En même temps…

L’éreintage-Français, quel fléau !

Oh, et j’avais raté la notice de septembre dernier de ma copine la Commission de terminologie et de néologisme. Il y en a des très bons.

Et pour les meilleurs amis de Boulette


#453

Attention : on ne “doit” pas écrire comme ça. Le problème de la réforme 90, c’est qu’elle a pas eu le courage de dire “c’est comme ça à partir de maintenant et c’est tout” : sentant que ça allait soulever les passions, ils ont fait des propositions, et en bonnes couilles molles, ils ont fait “dans 5 ans, on fera une évaluation et on verra ce qui a collé au mur”. Du coup, les soldats des deux camps ont immédiatement creusé les tranchées, et on attend toujours depuis 20 ans la commission qui prendra la décision finale disant ce qui est vraiment correct et ce qui ne l’est pas.
Dans les faits, depuis 25 ans, tout est correct et son contraire. À partir du moment où on choisit une orthographe et qu’on s’y tient du début à la fin d’un texte.
Du coup, tes amis de Renouvo ne représentent qu’eux-mêmes.
(De toute façon, moi, je n’accepterai que la réforme qui instaurera le çh et le ţ)


#454

Que tu prononcerais comment ?

Grâce à ton t cédille, j’apprends l’existence du live, une langue morte (!) qui était encore vivante il y a deux ans (!!). Ce qui donne soudain une toute nouvelle dimension à l’expression “ça part en live”.

Je ne suis pas certain qu’il faille introduire de nouvelles graphies pour chaque phonème différent, ça encombrerait les claviers et l’apprentissage de l’alphabet sans garantir de fixer définitivement la prononciation, et j’avoue que je les aime bien les petites règles vicieuses du français et ce “t” qui se prononce “ç” dans démocratie.

Mais pour aller dans ton sens (enfin je crois), l’orthographe tchèque a été réformée au 15e siècle pour introduire des signes diacritiques correspondant à chaque phonème particulier. Ce qui explique pourquoi pour un même mot, le polonais utilise cz et le tchèque č (exemple pour le terme signifiant “noir”, czarny / černá, qui dans les deux cas se prononcent “tch” en début de mot - il s’agit par ailleurs et pour l’anecdote du même mot que l’on retrouve dans “tchernobyl”, qui veut dire littéralement “noir - blanc” - le même byl que l’on retrouve également dans biélorusse, la “Russie blanche”, mais je m’égare). š permet quand à lui de noter le sz polonais, qui est notre “ch” à nous. La vaše, ça serait bien ! Au moins ça permettrait peut-être de libérer la graphie “ch” pour ses deux autres prononciations, le “r” à l’allemande et le “k” grec dont il vient, comme dans “batrachoduc”, mon mot préféré de la semaine.


Le journaliste le prononce maaaaaal. Quel dommage.

Mais je m’égare à nouveau.

Pour en revenir au début de ton post, Iggy, tu as parfaitement raison, la réforme de 1990 n’annule pas l’ancienne orthographe, il s’agit juste de recommandations qui permet à deux graphies de coexister, et dans les faits je n’ai pas l’impression que grand-monde en tienne compte.


#455

Ah, si on commence à parler de cette daube de clavier AZERTY où on ne peut même pas taper Ç, É ou È normalement (sans parler du Œ), je ne réponds plus de rien ! Heureusement, Raptor Jesus a créé le clavier espagnol traditionnel (même si j’ai des collègues qui ne jurent que par le français canadien). Je crois qu’aucun français ici n’utilise AZERTY…

Mais pour les cédilles cheloues, c’était une proposition fantaisiste que j’avais lue il y a quelques temps qui me faisait rigoler : le ţ est pour démocraţie comme tu dis, et le çh pour monarçhie (par opposition à Monarche).


#456

Note qu’on pourrait aussi bien noter “monarkhe”, ou mieux, “monarχe” en reprenant la lettre grecque d’origine, plutôt que d’introduire un nouveau graphème sans rapport avec l’origine de cette lecture en français.

Je découvre qu’il y a des grands fous qui ont composé des poèmes en pieds en dothraki, la langue des cavaliers nomades un tantinets barbares de Game of Thrones. L’échange qui suit est assez fou de considérations sur l’élasticité grammaticale d’une langue fictive, et le degré de liberté poétique que s’autorise l’internaute pour arriver à ça :


#457

Mais on écrit “Monarque” non ?


#458

Oui, mais c’est la même racine, et les étrangers comprennent pas pourquoi on change autant le mot (“çh” serait notre ch, “ch” se prononcerait “qu”). Après tout, on s’entretue en France sur le Î, alors que toute sa fonction est d’indiquer la racine du mot, donc c’est pas si farfetch’d que ça.
Enfin, j’ai retenu ces deux-là parce que c’est les changements les plus visibles, mais des propositions de changement radicaux de la graphie française pour la rendre cohérente, y’en a des wagons.


#459

Si tu veux un exemple plus parlant :
Monarchie / archéologie.
Il s’agit du même mot, archè, qui s’ecrit en grec avec ce qu’on transcrit par un “kh” mais qui donnent en français deux prononciations pour une même graphie. Comme si on avait graphie et infographiste qui se prononçait infograpiste.


#460

Ca fait trop longtemps qu’on n’a pas rappelé sur Boulette que George Carlin était génial.

https://www.youtube.com/watch?v=vuEQixrBKCc