[Supa Pivot Country Club] La tanière des polyglottes


#501

Localization Shenanigans in the Chinese Speaking World, une petite heure dans l’enfer de la traduction chinoise (que j’aurais pu accorder au pluriel). Malheureusement il y a quelques problèmes de montage qui font qu’on ne voit pas toutes les diapos Powerpoint mentionnées dans sa présentation.


#502

Je ne sais pas si c’est le cas là, mais il paraît qu’il y a des questions de droits compliquées pour les diapos des présentations GDC qui font qu’elles sont parfois retirées.


L’ONU met en ligne des fiches pratiques de rédaction/traduction de bonne qualité :




J’aimerais avoir tout un livre de ces fiches ! Peut-être que c’est l’effet “trop de net”, mais j’ai l’impression que le niveau littéraire des gens baisse, je m’émeus toujours de l’influence grandissante des structures proches de l’anglais et des erreurs de faux-amis et calques que je pense rencontrer de plus en plus souvent, y compris chez les gens dont le métier est d’écrire. Par exemple dans les anglicismes :

Spoiler

support (soutien), faire sens (au lieu de c’est logique / ça se tient), cosmétique (esthétique), une application/appliquer (une candidature/postuler), définitivement (sans aucun doute, assurément), Dû à… (En raison de)…


#503


#504

Sauerkraut :lol:

Nanny ? :o

People ??? :ghost:


#505

Pas que j’eusse cherché cette information au péril de mon sommeil jusqu’ici, mais je viens de découvrir que Rayman (le perso de Michel Ancel) s’écrit 雷曼 (Léi màn) en chinois. L’anecdote cocasse, c’est que Lehman Brothers (la défunte banque d’investissement du crash de 2008) utilisait exactement la même conversion yìmíng, ce qui donne des résultats de recherche bigarrés, avec des Chinois qui semblent véhémentement protester contre l’existence d’un perso sans coudes ni genoux.

Notez également que l’AssCreed parisien n’appelle pas à l’unité mais à la révolution (大革命 dàgémìng), même terme employé pour la Grande Révolution de Mao Zedong, et que le syndicat londonien était plutôt une affaire de dignité (梟雄 Xiāoxióng). Origins par contre, pas de prise de chou, c’est l’origine (起源 Qǐyuán).


#506

OK j’avais loupé que le blog de Platinum organisait des « leçons d’anglais avec Bayonetta pour converser avec des garçons masochistes. »

Keep doing you, P.


#507

https://www.youtube.com/watch?v=j2qyouyBTX0


#508

“Arbre” et “réverbère” dans les cauchemars des Japonais, aussi.


#509

Dernière lecture en date :

Poésie du gérondif, vagabondages linguistiques d’un passionné de peuples et de mots, de Jean-Pierre Minaudier, aka le type qui serait forcément sur Boulette s’il intéresse aussi aux jeux vidéo.

Le titre est aussi étrange que joli, pour une démarche franchement atypique : un agrégé d’histoire à l’écriture aussi drôle que raffinée s’amuse du fruit de cinq années de collection de grammaires de langues exotiques en tout genres. Il en possède plus de 500, et s’amuse avec un plaisir très communicatif de sa lubie, qui fait aussi de lui un obsessionnel ultra-pointu sur son domaine de giga-niche, capable de suivre des enchères ebay qui normalement n’intéresseraient personne. On n’est pas beaucoup ici à pouvoir le juger : clairement, ce type n’est pas un linguiste au sens universitaire, mais un otak’ de langues qui a son permis.

Une partie du régal - car la lecture de ce petit essai aussi pointu que truculent est un régal - c’est d’abord de se complaire dans une déclaration d’amour au livre (l’objet livre, en général), avec ses dédicaces curieuses, ses polices parfois d’un autre temps, ses logiques discursives baroques, ses querelles d’égo qui palpitent sous certains mots, ou tout simplement les notes de bas de page, ce livre dans le livre qu’il prend un plaisir évident à multiplier, en apparence de manière extrêmement scientifique et académique, pour y cacher des commentaires de plus en plus farfelus. Bref, la première idée de génie de ce livre, c’est de considérer le livre de grammaire comme un genre littéraire à part et d’aller éplucher son histoire, sa richesse et ses figures de style.

Le second aspect, un peu plus proprement linguistique, c’est une initiation thématisées aux structures possibles de langues et à leurs fantaisies - mots-phrases-à-rallonge, phonétiques délirantes, ordres syntaxiques contre-intuitifs, constructions alambiquées, expressions sinueuses de la temporalité. Il s’agit tout à la fois de questionner la vieille théorie de Sapir-Wolf, selon laquelle la langue parlée conditionne la pensée, que d’établir une sorte de Guinness Books des bizarreries linguistiques. Avec une idée de fond : on peut bien penser sa civilisation supérieure, cela ne vaut pas grand chose tant que l’on n’a pas la moindre idée de ce qui se dit ou se pense dans les centaines de langues qui échappent à notre petit spectre cognitif. Au passage, certains en prennent pas mal pour leur grade, comme les journalistes, jugés incompétents ou pressés, et bien sûr les racialistes de tout poils.

En tout cas, ça se lit incroyablement bien et vite. On y apprend mille choses qu’il serait bien difficile d’énumérer ici, mais qui vont de la démystification d’étymologies populaires (“eskimau” ne signifie pas “mangeur de viande”, il n’y a donc pas de raison de bannir ce mot au profit de inuit, qui ne représente qu’une des deux peuplades eskimau) à l’exposition de grammaires radicalement différentes à la nôtre (la capacité du japonais à former des adverbes de manière à partir d’onomatopées est une des nombreuses curiosités, comme la vingtaine de genres que comptent les langues bantoues, ou encore la forme verbale évidencielle, qui permet dans certaines langues de qualifier pour chaque action la manière dont elle a été portée à notre connaissance - que ce soit par la vue, l’ouïe-dire, la connaissance commune, etc.). On trouve également, en plein débat sur l’écriture inclusive, quelques exemples de langues, comme le kurde, dans lesquelles le féminin l’emporte sur le masculin, ou est associé à des valeurs différentes, comme le pluriel, la petite taille, ou au contraire la grande taille.

En somme, c’est un précis d’exotisme incroyablement documenté, d’autant plus farfelu que la curiosité moyenne pour ces choses-là est injustement minime, qui se dévore franchement. Bien sûr, le thème intéresse véritablement une vingtaine de personnes en France, mais sur les vingt, il est probable qu’un bon quart soit ici.


#510

Je trouve ses vidéos hebdomadaires Mediapart toujours aussi décevantes et quelconques comparées à sa série Mes Chers Contemporains mais il a enfin pondu un truc intéressant en analysant les raisons derrière le glissement sémantique du terme “bobo” et sa récente récupération politique. [edit] H.-S. mais son nouveau truc sur les textes de chansons des années 80 est également intéressant. (Je ne connaissais pas Le P’tit Beur… Je… Waow.)

https://www.youtube.com/watch?v=NgbRxpj3GaE


#511

Les Brioches Pasquier ne veulent plus que les start-ups utilisent le mot “pitch”. (Ou alors ils ont juste un nouveau CM très malin.)


#512

Apparemment, s’ils veulent garder la marque ils sont obligés de la défendre avec ce genre de manoeuvre…


#513

Tout à fait, en droit de la propriété intellectuelle pour faire valoir la propriété d’une marque et l’empêcher de tomber dans le domaine public tu dois activement montrer que tu la défends. Raison pour laquelle les rédactions françaises reçoivent régulièrement des courriers du service juridique ou des cabinets d’avocats des ayant-droit de “Scotch” et “Post-it” pour leur interdire de l’écrire sans copyright derrière.

La situation est différente mais il me semble Nintendo est un peu dans le même cas en faisant retirer des jeux amateurs comme AM2R : dans le cas contraire, un juge pourrait estimer que la licence Metroid n’ayant pas été activement défendue elle relève du domaine public. J’ignore si le système est très différent en France, aux US et au Japon.


#514

Pour ton dernier exemple, ce sont deux problèmes liés mais un tout petit peu différents puisque l’un concerne le trademark et l’autre le copyright. Pour en revenir au pitch, c’est aussi pour cela que vous êtes tous ici présents, vous comme moi, obligés d’écrire LEGO®. Ce que vous faites tous, sans exception et sans faute, j’en suis certain.


#515

Pray, console your loving poet,
Make my coat look new, dear, sew it!
Just compare heart, hear and heard,
Dies and diet, lord and word.

Now I surely will not plague you
With such words as vague and ague,
But be careful how you speak,
Say: gush, bush, steak, streak, break, bleak…

Liberty, library, heave and heaven,
Rachel, loch, moustache, eleven.
We say hallowed, but allowed,
People, leopard, towed but vowed.

But mind trivial and vial,
Tripod, menial, denial,
Troll and trolley, realm and ream,
Schedule, mischief, schism, and scheme.

Don’t you think so, reader, rather,
Saying lather, bather, father?
Finally, which rhymes with enough,
Though, through, bough, cough, hough,
sough, tough??

All the absurd English pronunciations that frustrate the hell out of non-native speakers


#516

Très beau !


#517

J’ai appris ce soir un joli terme donc je partage : peccamineux (relatif au pêché, de l’ordre du répréhensible)

“Pour s’offirir une PC-FX, il alors revendit sa Megadrive et toute sa ludothèque dans une fièvre peccamineuse”

Du latin paccamen (faute, pêché).
L’antonyme n’est pas “impeccable” comme je le pensais mais impeccamineux


#518

Puisqu’on est sur les jolis mots, je confesse ma tendresse infinie pour le mot anglais quixotic (chimérique), qui me fait penser à ces scrabbles absurdes que l’on tente de placer au bluff parce qu’on a vraiment des lettres nulles, mais qui avec un peu de cran et une définition improvisée crédible, peuvent passer. “Quixotic ? Mais ça n’existe pas.” “Tout à fait, cela fait veut dire, “qui n’existe pas, qui relève de la chimère””. Bref, un mot à la bouille fascinante, au sens sympathique, et la beauté de la chose est que quixotic existe.

L’étymologie ne m’a pas sautée immédiatement aux yeux alors qu’elle est assez simple. C’est plus évident pour les hispanophones et les anglophones que pour les francophones : le mot vient de l’orthographe originale de Don Quichotte, Don Quixote. Le x se prononce à l’anglaise (gz plutôt qu’un ch basque comme dans le Don Quichotte francisé ou d’un r non roulé comme sa graphie espagnole moderne, Don Quijote). Je découvre au passage qu’en plus de donner lieu à l’un des mots les plus chouettes de l’anglais Don Quixote donne aussi des migraines à ceux qui essaient de le prononcer, ce qui n’est que justice.

Et si d’un coup vous vous demandez pourquoi la lettre “x” a autant de prononciations différentes, blâmez les latins, qui ont mélangé entre eux deux lettres grecques différentes, le phonème ks noté Ξ / ξ (prononcé ksi), et la lettre Χ / χ prononcé khi (à mi-chemin entre un k sourd, un h dur et une jota, et qui a évolué parfois en son ch). Cela s’est fait progressivement, au fur et à mesure, j’imagine, que le latin a voulu transcrire des mots grecs, car en latin archaïque, le x a une valeur simple de k (exemple : saxsum pour saxum). C’est en passant au latin moderne, le x prend sa valeur de double consonne ks, on n’écrit plus regs mais rex (au grand dam du tyran saurien Régis). On ne peut pas écarter la thèse de la volonté de rationaliser l’alphabet latin, qui comportait quatre lettres servant peu ou prou à noter la même consonne, C, K, Q et X, mais aucune pour noter le son ks si fréquent en grec.

Pour une raison que j’ignore, le castillan médiéval utilisait lui le x à la grecque, pour noter un r non roulé, un h dur ou un ch fort : d’où le xefe (chef, aujourd’hui jefe), ou les transcriptions en xeque et xerife pour les mots d’origine arabe cheik et sherif. Il faudra attendre la grande réforme orthographique de 1815 pour que le castillan moderne réserve le X au ks d’usage en latin, et le remplace par J pour noter cet espèce de ch guttural que l’on trouve désormais dans Don Quijote (sorte de done kiroté).

Sauf que trop tard, Don Quixote était déjà connu en Angleterre depuis longtemps (première traduction en anglais vers 1620), et l’adjectif anglais quixotic est attesté dès 1791, et comme il se traîne un X plutôt qu’un J, il est lu comme un X anglais, kouigzotic.

Et puisque vous vous posiez la question : oui, donquichottesque existe en français.


#519

Gallimard va sortir une nouvelle traduction de 1984 dans laquelle novlangue cède sa place à néoparler. Je comprends l’argumentaire de la traductrice mais je trouve téméraire de sa part d’opérer ce changement sachant que l’ancien terme, quoi que moins connu que Big Brother, est rentré dans le langage courant.

Ca m’a conduit à me demander s’il y avait déjà eu des tentatives de retraduction, voire de “détraduction” de noms propres tels que des prénoms, noms de famille, de ville ou de pays, mais aussi quand a-t-on arrêté d’adapter des noms propres. J’ai bien en tête le cas particulier de Nobunaga, retranscrit en Novnaga dans “Le Japon”, ouvrage de 1865 écrit par le diplomate français Charles de Montblanc, mais il me semble que c’est davantage une histoire de phonème et de retranscription non arrêtée qu’une retraduction volontaire.


#520

Du coup je me suis demandé si dans la VF actuelle d’Animal Farm le cochon s’appelle Napoléon ou César. Et effectivement il est redevenu Napoléon.