Topic de la PHOTO et des APPAREILS et des CAMERAS


#1401

Ou simplement le faire bouffer, pas des tonnes.


#1402

C’est une très bonne question, mais dans ce cas, c’est carrément tout la corporation journaliste que tu dois prendre en compte. Oui les mecs tentent de faire le meilleur cliché et d’en vivre. Mais au délà de l’idéal du chevalier blanc de l’information, dans ce cas tu fais quoi des Capra, Reza, Cartier-Bresson et des milliers d’autres qui ont été couvrir les zones de guerres ? Après tout, ils sont tous devenus riches et célèbres grâce à ça non ? Capra n’était pas le seul photographe le 6 juin 1944, et il a presque perdu tous ses films. Dans ce cas, tu le juges comment ?

C’est sans doute TRES cynique de ma part, mais je considère que l’appât du gain et de la célébrité comme un moteur tout à fait valable. Pas comme pour la réussite de la personne en question, ça je m’en fiche copieusement. Bon nombres d’artistes sont des ordures finies. Ce qui m’intéresse, c’est le résultat. Parce qu’au nom de cette volonté de “réussir”, bah les gus vont faire les plus beaux disques, les plus beaux clichés, les plus beaux rôles. Et justement, au sein de la “meute”, faut le talent du bon angle, de la bonne compo et du bon moment, et non juste la chance ou le fait d’être le premier.

Je serai bien en mal de les mettre tous dans l’étiquette “CHACAL”, car à la fois ils ramènent des images qui n’arriveraient jamais, et ils servent à t’avertir toi de ce qui se passe. Sans compter que tu ignores les motivations de chacun. Le photographe français mort en Syrie y’a quelques mois : chacal ou héros ? Tu irais dire quoi à ses parents ?

Enfin, la fameuse photo avec la meute, je la trouve en fait assez biaisée. On n’a aucun contexte. Est-ce qu’ils étaient en groupe parce que sous protection ? Ou bien ils ont vu l’incident et la meuf était de toute façon morte ? Honnêtement, ce cliché est super dur à juger comme ça à froid.

EDIT : et Tanguy-ed sur le point le plus évident qui soit, évidemment.


#1403

C’est bien pour ça que je parle d’ambivalence, sans reporters de guerre pas de témoignages, mais j’en oublie pas pour autant la violence du formatage que ce “job” opère sur n’importe quel photographe, qu’on retrouvera ensuite dans un vernissage, un verre de champagne à la main, à commenter ce moment tout en engloutissant un petit four.


#1404

En fait je trouve que la photo de la “meute” de photographes est bien plus l’oeuvre d’un “chacal” que la première.

Non seulement il trahit sa corporation (de chacals, donc j’imagine que tu t’en fous) mais en plus là il fait manifestement une photo “de Grand Prix photo” et pas une photo d’info de catastrophe comme les 7 autres types qui sont au final bien plus probes.

N’oublions pas qu’il y a plusieurs Agences de Presse dans le monde et qu’elles n’ont aucun interêt à se refiler les photos en cadeau entre elles. C’est la même raison pour laquelle, quand un homme politique à Paris dit un truc, y’a DOUZE MILLE MICROS avec marqué RTL TF1 RMC CANALPLUS LCI BFM RADIO FRANCE RIRE ET CHANSONS et autant d’appareil photos d’autant de chacals qui prennent tous la même photo de l’auguste profil de François Hollande.

Ces types font juste leur boulot.

Ou plus vraisemblablement dans la queue du Shopi avec une bouteille de Leader Cola et une boîte de Croustibat’ mais si tu préfères croire Larcenet sur le monde de la photo, vas-y mec.


#1405

Oui ça, le temps des Reza est bien fini. Les mecs ont ÉNORMÉMENT de mal à vivre de leur boulot. La plupart des petites agences vivotent, et même des trucs ultra connus comme Magnum souffrent leur race. J’avais discuté avec un journaliste/photographe qui allait sur ce genre de terrains : c’était plutôt ses reportages faits ici sur des sujets à la con qui lui permettaient de repartir sur le front.


#1406

Moui c’est assez facile de retourner le truc, mais de là à les traiter de probe faut pas déconner non plus. Et puis tu parles de trahir une corporation comme si c’était quelque chose de négatif alors que pour moi, rejeter un lobby (puisque c’est la suite logique), ou tout du moins s’en tenir éloigné, est noble.

Mais je comprends ce que vous dite, et je comprends que mes propos puissent vous faire lâcher des soupirs mais voilà on discute, et plus que pour n’importe qu’elle autre activé, l’acte de prendre des photos génère chez moi des réactions épidermiques extrêmes (je l’avoue), que j’en sois le spectateur ou bien l’acteur. Je me déteste quand j’estime faire des photos faciles, du coup j’ai résolu le problème en évitant d’en prendre le plus possible. Je peux m’exciter assez violemment sur des photos dans une expo alors que je suis plus plutôt équilibré sur le reste des domaines artistiques.

Le simple fait de le désirer me pose déjà un problème, c’est quelque chose que je peux ressentir chez quelqu’un. Que le mec mange au final du poisson pané ou du caviar, ça ne change rien à son état d’esprit.

Sinon je pense la même chose des journalistes, domaine que je connais encore mieux.


#1407

Un classique sur ce sujet de la déprime : Kevin Carter et le Bang Bang Club.


#1408

Une fois de plus, Tristan poste un truc le plus équilibré et le plus karmiquement acceptable pour que tout le monde soit d’accord. Mais ça marche pas : le truc c’est qu’on saura jamais vraiment POURQUOI Carter s’est tué. Et donc ça n’apporte pas grand chose au débat finalement.
Le mec a mis dans sa note de suicide qu’il en pouvait plus de voir les horreurs dont il a été le témoin en fermant les yeux. Pas que les milliers d’Onosendai de la Terre lui avaient fait culpabiliser d’avoir eu un prix (de profiteur). Mais le paradoxe c’est qu’il s’est quand même tué -à cause de la guerre- POURTANT il les avait eus ses petits fours et son caviar par boîte de 6 !
Quel chacal ingrat !

De chacals non plus alors. Miroir. Perché. Et hop.

Je disais ça un peu en plaisantant, comme pour en appeler à un sens de l’honneur aveugle ou je sais pas quoi. Mais c’est pas grave, je veux juste préciser que le terrible lobby des photographes, ça je pense que dans la rue ça chie quand ils décident de faire des grosses manifs pour dire non à la TVA sur les filtres UV ou quand ils menacent les grands groupes d’acheter des cartes SD à l’étranger.

Blague à part, tu penses vraiment que les photographes vont à la guerre pour pouvoir faire des photos qui vont leur faire pleuvoir du champagne sur la tête ?

Sauf que c’est plus facile pour le journaliste pourri d’écrire des salades depuis le Hilton de Téhéran que de faire des photos sur le terrain. Les mecs mettent leurs couilles (ou leurs nichons, y’a des filles aussi) en jeu au sens propre. Et je pense pas que beaucoup de gens pourraient faire ça sans la foi dans le rôle du reporter. Si les photographes veulent gagner des pains surprises dans les vernissages, il vaut mieux qu’ils prennent des escaliers ou des cordages en photo et les faire tirer sur des panneaux d’aluminum d’un mètre de côté. Et d’ailleurs c’est ce qu’ils font.

Y’a plus facile quoi. Donc je donnerai toujours le bénéfice de l’envie de dénoncer au photo-reporter face à l’espoir (ou l’envie comme tu sembles l’imaginer) d’être reconnu.

Et au passage, les prix en photoreportage, y’en a pas douze, y’a surtout le Pulitzer, et c’est une médaille en plaqué or, un serrage de paluche avec des vieux à l’université de DC et 10.000 dollars, autant dire pas de quoi se payer la collec complète des objos pour ton boîtier et encore moins un abonnement à Yacht et Putes + coke. Et comme tu peux le constater sur leurs photos, on est loin des NRJ Music Awards, qui pourtant est déja bien cheap. Au passage, ils pourraient faire faire les photos de leur déjeuner merdique par ceux qu’ils récompensent plutôt qu’au proviseur qui a un “bel appareil”, ça gagnerait en prestige (mais j’imagine que tu trouverais ça indécent).

La reconnaissance arrive (trop) souvent quand t’es mort, en général sous une pluie de Katyusha ou la gorge tranchée par un illuminé. Alors bon, si pour toi c’est un boulot de chacal, c’est cool. Mais c’est faux.

Les gens que tu imagines n’existent pas, tu les mélanges avec les photographes d’art qui eux peuvent totalement tomber dans ce genre de délire. Et après tout, bravo à eux, si y’a des gens a qui ça plaît.


#1409

:lol: j’aime bien le coup de la carte SD.

Le monde n’est pas binaire, personne n’est 100% du côté obscure, mais certains y sont plus sensible que d’autres. Ce Carter par exemple, même si son cas est particulier car il avait manifestement déjà un problème psychologique avant (dixit sa mère), il a quand même tué un chat volontairement en le noyant dans une piscine ! Son rapport à la mort était déjà particulier, il a été châtié par le karma cosmique. ON A DIT PAS LES CHATS.

Je remets la photo en question parce que je la trouve beaucoup plus intéressante que la photo formaté pour les magazines. Même si celle-ci l’est aussi mais son message est plus fort.

Qu’est-ce qu’on peut lire de cet attroupement ?

  • Tient un attroupement, oh un cadavre, merde ils font tous la même photo, je dois absolument la faire aussi
  • Je suis jaloux du type d’à côté qui est mieux positionné que moi pour capturer cet instant
  • Avec ça je tiens la une !
  • Etc…

Au milieu de toutes ces pensées nauséabondes se mélange sans doute aussi de l’empathie parce que les êtres humains ne sont pas binaires, tout du moins pour ceux qui ne sont pas blasés par ce boulot, même si ceux là rêvent sans doute de cadavres comme Carter.

Et après ? Quitte à me répéter, est-ce que l’un des photographe présent dans cet attroupement mérite plus que les autres de remporter un prix ? Pourquoi lui et pas celui d’à côté ? On les départage par un jugement esthétique et froid ? Est-ce qu’au final cette photo n’appartient pas à tout le monde et à personne ? Quand deux ou trois journalistes pros sont déjà sur le coup et iront, le lendemain, proposer ces clichés sur les services de publications de presse, vaut-il la peine d’en faire une de plus ?


#1410

Choisis, alors :

  • elle n’appartient à personne, et personne n’est là pour la prendre et la diffuser ;
  • elle appartient à tout le monde, et il faut bien une ordure profiteuse capitaliste pour la prendre, cette photo. Haro sur elle !

#1411

Incontestablement, celui qui a eu l’idée de photographier l’attroupement plutôt que juste le cadavre.


#1412

Donc celui qui s’est détourné du photoreportage. Donc pour faire une photo “à prix”. Donc un chacal.
quod erat demonstrandum. Non. Mais merde les enfants, ouvrez les yeux.

Le truc c’est que le type qui a eu “le prix”, il a pas eu “le prix” il a eu UN prix. Il a eu le prix de photoreportage international de la Presse suédoise. Et voilà. Il est Suédois, il travaille pour le Aftonbladet ou je sais pas quoi, et son magazine publie la photo, un comité désigne la photo comme gagnante, et il gagne. Il prend son petit trophée de scaphandrier à Malmö et il rentre chez lui avec des Krisprolls achetés à la boutique souvenir de la biscuiterie Pogen. C’est ça pour ça qu’il a eu le prix qu’il a “mérité” plus qu’un autre. Pas parcequ’il était là le premier. Mais parce que c’était un prix pour la Presse Suédoise.

Les 6 autres gusses qui prenaient “la même” photo (même si EN VRAI personne ne prend la même photo, les parti pris peuvent être énormes sur 6 types alignés, gros plan? grand angle? cadrage des jambes? de la tête? du ciel derrière ou du sol plutôt?) sont Danois, Mexicains, Français… Ils travaillent tous pour “leurs” news, et il faut bien que 6 personnes fassent “la même” photo. Ne serait-ce que pour prouver que c’est vrai d’ailleurs. Si on envoyait qu’un seul type qui filerait ses photos à tout le monde, non seulement s’il meurt c’est fini, mais il aurait tout aussi bien pu tuer la petite fille et prendre une photo si on va par là. Bref.

Ces 6 autres gusses donc, on sait pas s’ils ont pas aussi eu un prix, et n’oublions pas que le choix de publier une photo ou une autre n’est pas du ressort du photographe. Rappelez vous Peter Parker, c’est quand même M. Jameson, le moustachu au cigare, qui choisit s’il publie ou non ses clichés.

Bon, et quand à Weber, le type qui a fait la photo qui DENONCE avec la “meute” de photographes (ouuuh) il a aussi fait ça :

Attention, c’est graphique.

C’est terriblement émouvant, c’est abominable, et il filme même le sang de la petite qui coule goutte à goutte. Il prend la même photo au même endroit que les mecs qu’il “dénonce” (2’10’’), avant? après? beuh. Après il filme le papa de la petite qui porte son cadavre. Faut imaginer qu’il marche devant lui, dos tourné à a route en lui foutant l’objectif sous le nez alors que sa fillette est morte. Bravo la déontologie de dénonciateur de chacal.

MAIS BON, après tout, ces images sont nécéssaires non ? L’image abominable de la fillette marque les esprits, les sanglots de cet homme qui a perdu son enfant provoquent un sentiment d’inéluctable qu’on a envie de combattre, et l’occident le “découvre” et les gens de bonne volonté font des dons pour reconstruire le pays.

Sans “la meute” combien de sous n’auraient pas été réunis pour Haïti ?

Tu es complètement à côté de la plaque. Je suis désolé de ma virulence, mais ça dépasse les yeux levés au ciel. Les mecs se promènent pas dans les ruines “toum tou doum toutoum, tiens y’a quoi là ?” Ils sont justement en général groupés “en meute” parce qu’ils ont besoin de sécurité et qu’ils font leur recon méthodiquement. Ensuite ils étaient tous là ou presque quand Fabienne s’est faite descendre par le flic. Et au lieu de partir de peur de se prendre une autre boulette, ils sont restés documenter l’instant. Et je pense que dans leur tête ça ressemblait plus à
“- Putain vite, photo, faut que le monde entier voie ça.”
et pas
“- Youpi, je vais devenir célèbre et riche.”
et accessoirement, pas le temps de se dire
“- Ok, lui a pris la photo, je lui demanderai le JPG ce soir au bar de la piscine”

Parce que ces mecs bossent pour leur Presse. Pas celle du voisin. C’est leur métier. Aux tripes ils ont l’envie d’informer, au péril de leur PUTAIN DE VIE. Ils l’ont choisi par vocation. Ce sont des putains de héros. Sans qui tu saurais rien de ce qui se passe là où tu te bougeras pas le cul (et moi non plus) et sans qui tu te poserais même pas la question de l’éthique sur le champ de bataille ou le théâtre de catastrophes. Ces mecs ne sont pas artistes (et pourtant si), et la photo “facile” est souvent un témoignage plus efficace que de se prendre le chou et faire “de l’ââârt”. CE SONT DES HEROS.
Vraiment.

Y’a pas UN SEUL de ces mecs qui soit “célèbre” en dehors de sa propre corpo. T’avais déja entendu leurs noms? je crois pas. Et y’en a pas un seul qui vive comme un nabab. Ils sont payés de la merde, ils voyagent en classe éco et prennent des camions nuls, habitent la moitié de l’année dans des casemates de merde à bouffer du sable et le jour ils vont essayer de prendre en photo ce qu’on peut leur laisser prendre en photo ou un peu plus en sachant qu’ils pourraient ne pas rentrer en essayant.

Et comme il faut QUAND MÊME qu’ils bouffent (ça va ils ont quand même le droit ou c’est des sous merdes ?) et bin il vont rendre des images à leur journal qui va leur filer le tarif normal, en moyenne 200$ de la photo publiée + entre 5 et 30$ de l’heure en reportage effectif (selon le degré de dangerosité etc.) et peut être, s’ils ont de la chance, un petit bonus parce qu’ils ont produit un truc vraiment exceptionnel. WOW pactole !

“Juste” pour dire au monde ce qui se passe.

Tu te trompes de cible, de combat, et d’une manière générale de Guerre.
Faut arrêter de fantasmer sur les envies ou les ambitions prêtées au reporters comme des maboules assoiffés de fric et de gloire. Par contre, oui, un peu de reconnaissance ça leur ferait pas de mal.

75 tués l’année dernière, et déja 1 cette année.
Je te parle pas de ceux en taule.

Des héros. Merde.

EDIT : au fait, ça peut être intéréssant http://fr.rsf.org/


#1413

Tu as raisons, sur pleins de trucs.

J’ai bien précisé qu’une photo pouvait me rendre extrême, en voici la preuve. Je n’ai cependant pas dit qu’il fallait éradiquer les photographes de guerre (j’ai bien évoqué des sentiments ambivalents), et quand je les imagines faire des cauchemars ou souffrir des effets secondaires de leur métier, je ne suis pas là à faire “YES ! Mange salope”, parce que c’est grave.

Je n’en oublie pas pour autant le formatage qu’un tel travail peut accomplir sur n’importe qui. Des héros, ils le sont sans doute un peut. Mais il faut une construction mentale particulière pour faire ce job, qui frôle l’inconscience et qui est aussi “crazy man” friendly . Sans ces inconscients ça serait pire mais… laisse béton, je n’arrive pas à trouver les mots pour exprimer correctement ce que je veux dire.


#1414

La plupart ne sont-ils pas freelance parce que c’est trop chaud de les assurer ? (je ne sais plus du tout où j’ai entendu ça ni de quel type de (photo)reporter; honnête question)


#1415

Pas “la plupart” mais un bon nombre oui, qui doit du coup se démerder tout seul pour les assurances, les mutuelles, la sécu etc. Mais c’est pas grave, d’un point de vue reportage, au final c’est pareil. Les mecs partent jamais (enfin, si, mais c’est très rare) sans commission d’une agence (Reuters, AFP, Getty…) ou d’un journal/magazine qui les embauche pour une “histoire” (c’est comme ça que ça s’appelle).

Donc il faut qu’ils ramènent l’os au patron de toutes façons.

Tant mieux… parce que quand tu disais

J’avais l’impression d’entendre le contraire. J’espère en tous cas que tu ne crois plus à ton cliché de Beigbeder Photographe à Bagdad, s’empiffrant de tarama, prêt à sauter la miss météo de Canal lors d’un showcase au Baron à son retour. Ni à en rêver.

Effectivement, tu as raison, le “formatage” est là, et il est le même que celui de tous les métiers “de l’extrême” qui te mettent en contact avec la mort. Que ce soit correspondant de guerre, infirmière, militaire d’infanterie, chirurgien aux urgences, employé des pompes funèbres, légiste et même eviscérateur de cochons pour Madrange ou trieur-ébecqueur de poussins chez Mas d’Auge…

Tu es obligé, pour faire ton taf, de tuer ou de laisser mourir. De côtoyer la souffrance ou la Mort. Et de souvent ne rien y pouvoir. Donc tu te crées des murs, qui te permettent d’avoir les mains stables pour ligaturer l’aorte d’un mec qui crie parcequ’il meurt, de pas te retourner tout de suite vers ton binôme tombé sous les balles, mais éliminer la menace avant de lui porter assistance et de considérer les 120 cochons fendus vivants de ta journée comme 240 jambons (ou 8000 barquettes de Foué).

Le truc c’est qu’il te faut une motivation pour y arriver. Chez beaucoup de gens, c’est le fric. Chez certains médecins, l’idée d’en gagner BEAUCOUP. Chez les fendeurs de porc, l’idée de gagner assez pour vivre. Mais les idéaux fonctionnent aussi. D’autres médecins veulent sauver des vies. D’ailleurs ton débat et transposable et PLUS INTERESSANT dans le domaine médical/pharmaceutique (et j’ai pas envie de le lancer parce que sur celui là j’ai pas beaucoup d’opinion).

Le reporter photo s’il veut vraiment gagner sa vie, il va pas prendre Fabienne en photo avec une balle dans le coco ou les enfants soldats du Liberia. Il va plutôt couvrir des événements à la con genre les sorties des ministres, trouver un deal avec un magazine qui va lui commander “une semaine avec Zlatan” ou faire de belles images de Baltimore coincé sous la neige pour les éphémérides du Boston Daily. Il va gagner pareil, voire plus, il va pas s’emmerder à mettre des kevlar oranges marqués PRESS et des casques à la con, et il pourra jouer à Clash of Clans entre deux edits de photo, le tout depuis son canap’.

C’est pour ça que ceux qui partent bin, bravo les mecs. On a besoin d’eux. Et comme les profs, comme les infirmiers, y’a pas vraiment d’autre motivation que la foi dans ce que tu fais pour te motiver à le faire. Alors quand un sur mille est désigné pour avoir pris la photo de l’année, c’est souvent même pas lui qui l’a demandé, et c’est un retour des choses appréciable, même si loin de l’euromillions ou de la starification.


#1416

C’est quand même une belle invention la GoPro


#1417

Superbe, et d’ailleurs, sans blaguer, imagine du reportage de guerre en Go Pro… :o


#1418

Ah ben là c’est champagne direct !


#1419

"-Dis donc Coco, pour ton prochain reportage au Mali, je me disais que plutôt que de prendre des photos chiantes, tu prenais une GoPro.
"-Yôkai chef, je vais même mettre la binoculaire, celle qui shoote en 3D.
"-Ha ha, sacré Frederic, on ne peut pas dire que t’es un tire-au-flanc. Quand tu auras fini, on ira manger du caviar aux truffes.


#1420

Female Shamanism by Masatoshi Naito