Чемпионат мира по футболу 2018: И в итоге Германия побеждает.


#21

Je ne me lasse pas de lire des comptes-rendus dans toutes les langues sur ce match fou depuis hier, et c’est le meilleur que j’ai pu lire jusqu’ici. Je ne connaissais pas Deadspin, mais souligner à quel point ce match fou était un match absurde est fabuleusement pertinent. A titre personnel je suis ravi d’avoir enfin vécu des émotions similaires au France-Espagne de 2006, en termes de dramaturgie, d’intensité et de renversement de situation, mais que la France remporte ce match 4-3 est d’une loufoquerie assez incroyable. Je suis même un chouïa inquiet pour la défense française, notamment Pavard, qui en dépit de la sympathie naturelle qu’il suscite et des missiles surnaturels qu’il décoche, n’a franchement pas été d’une grande étanchéité hier. Mais bon… Si on gagne tous les matchs 4-3, 7-5 ou 12-6, qui suis-je pour m’en plaindre ?

Côtés performances, je regrette un peu qu’on ne souligne pas assez la très grande cohérence stratégique de l’équipe de France, au lieu de bêtement surligner (ce qui est très tentant et pas immérité évidemment) la partition énorme de Mbappé. Genre le quatrième but, où Griezman est à la relance, ça dit tout de la répartition très atypique des rôles. Le décryptage (côté abonnés) de L’Equipe est très bien à ce propos, il souligne bien au passage le rôle invisible mais essentiel de Matuidi et Griezman, dans des rôles qui ne sont pas ceux que le grand public attend d’eux. Sinon Kanté a encore été fabuleux, et j’ai trouvé assez amusant de le voir au marquage de Messi : dans leur gabarit, dans leur capacité à avaler l’espace, à être partout, en dépit de fonctions diamétralement opposées, il y avait un effet de miroir assez fascinant. J’en retiens que Kanté > Messi (vous pouvez remplacer “Messi” par n’importe quel mot, la phrase reste vraie).

Je ne sais pas trop quoi penser de l’Uruguay, qui a fini première d’un groupe d’un niveau pas franchement folichon. J’ai dû voir le match contre le Portugal en 3G en voiture, autant dire que mon analyse est limitée, mais de l’impression que j’en ai eu, j’ai l’impression qu’elle a fait parler sa très grande solidité défensive et le combo complicité+vista de ses attaquants face à une équipe portugaise au jeu assez stéréotypé, et sans grandes idées en attaque. En tout cas là comme ça, pour France-Uruguay, je m’attends à un match beaucoup plus proche de France-Italie 1998, très incertain et tactique, avec peu d’occasions franches et beaucoup d’ulcères. Le match aérien Cavani-Varane risque bien d’être une clé du match.

Sinon c’est fou comme l’Espagne de 2018 ressemble à l’Espagne de 2010 en vieux.


#22

Donc tu confirmes que c’est foutu ? Aïe.



Comme d’hab avec un match chiant, mieux vaut s’en remettre au Minute-by-Minute du Guardian.

Deep Van Dev points out that Spain have crossed the 1,000 pass barrier in this game. Their goal was scored by Sergei Ignashevich.

J’apprends du reste qu’aucune équipe n’avait franchi le cap des 1000 passes en Coupe du monde.


De ce côté du tableau, l’Angleterre et la Suède sont les seules nations encore en lice a avoir atteint une finale de coupe du monde (chez elles à chaque fois). L’URSS n’a jamais fait mieux que les demi-finales, même à l’époque où elle était une sélection majeure du football européen.


Ca fait une belle jambe au Danemark mais ils finissent donc officiellement invaincus dans cette coupe du monde, comme la France en 2006 par exemple, puisque la FIFA comptabilise une partie décidée aux TAB comme un match nul. Cela fait donc depuis 19 rencontres officielles et pratiquement deux ans qu’ils sont invaincus, et félicitations si vous êtes capables de replacer ou deviner leur improbable dernière défaite.

Spoiler

Le 11 octobre 2016, le Monténégro s’est imposé 1-0 à Copenhague.


Puisqu’on aborde les stats à la con pour saluer les perdants du soir :

La Roja a poursuivi sa malédiction contre les pays hôtes en Coupe du monde (1934, 1950, 2002) et à l’Euro (1980, 1984, 1988, 1996, 2004).


Et comme il serait temps de boucler ce post pour de bon, plein de stats et de graphiques rigolos dans ce résumé du week-end chez The Ringer. La France et l’Uruguay ont été d’une efficacité peu commune samedi, tandis que l’Espagne a presque parodié son tiki taka ce dimanche. Et dans le dernier match :

With Kasper Schmeichel’s two shootout saves (to go along with his save against Luka Modric in the dying minutes of extra time), Denmark vs. Croatia was the first shootout in World Cup history in which five total saves were made.


#23

Vu du banc, excellent podcast tactique, très en verve pendant cette coupe du monde (faut juste pas suivre leurs pronos).


#24

Comme souvent une analyse pertinente de Griezmann sur son prochain adversaire.


La Ligue des Champions l’annonçait déjà mais fin de cycle pour la possession de balle.


Septième quart de finale de suite pour le Brésil.
Septième élimination en huitième de finale de suite pour le Mexique.


J’ai vraiment cru qu’on allait avoir un quart Japon-Brésil en pleine Japan Expo… Quel match !


#25

Ca reste une demi fumisterie cette stats… elle est tres souvent exhibee, mais au final je la trouve plutot limitee. Un peu comme le nombre total de passes, qui reste un indicateur bizarre a mon sens.
Le temps de possession dans les 40m adverses aurait plus d’interet par ex, ou le nombre de passes vers l’avant. Bref, une qualification de ces donnees super brut.
Dans le match FRA-ARG, j’ai pas du tout trouve les argentins plus dangereux que les francais.

J’ai l’impression qu’on va plutot vers un football de transition tres rapide pour les equipes qui reussissent, ce qu’a plutot essaye de faire Emery au PSG d’ailleurs (et plutot l’ecole Tuchel il me semble).


#26

Vous n’apprendrez pas grand chose mais j’ai trouvé chouette que Vox se pose la question.


#27

C’est fou. En fait l’Italie était qualifiée mais jouait avec le maillot français.

Très chouette article, truffé de punchlines inattendues, sur la partie d’échecs d’hier :
https://www.newyorker.com/sporting-scene/replay/world-cup-2018-kylian-mbappe-and-france-troll-their-way-to-the-final


#28

Y avait en effet des flashes de Are We the Baddies? pendant cette partie que j’ai vue, miracle de la technologie moderne, dans un avion en plein vol intercontinental. Match pas très beau mais de très haut niveau ; on aurait dit une demi-finale de Ligue des Champions plutôt qu’un match de sélections nationales. Difficile d’isoler un joueur français de cette performance, ou de critiquer quelqu’un à part peut-être Giroud qui n’a pas pu finir certaines actions et Umtiti qui est sauvé par son but car Varane et Pogba ont déminé plusieurs de ses erreurs derrière, mais ce serait vraiment pour chipoter. Le boulot m’avait malheureusement fait louper Belgique - Brésil mais Hazard est toujours aussi épatant et Fellaini ne mérite pas les mèmes (souvent crypto-xénophobes) qu’il subit Outre-Manche. C’est vraiment une superbe équipe belge dont on se souviendra comme de la Hollande de 1998 ; d’ailleurs je voulais poster ici le but de Bergkamp pour son vingtième anniversaire le 4 juillet dernier mais ça m’est sorti de l’esprit pendant mon voyage.


Impossible de retrouver l’extraordinaire angle de caméra directement en face de la foule tel qu’il était proposé hier par la télévision anglaise, mais belle image malgré tout que ces pintes encore remplies qui se vident à l’unisson dès la cinquième minute à Hyde Park lors du but de Trippier face à la Croatie.

D’ailleurs chouette article chez Le Monde sur Three Lions qu’on entend à la fin (je dis « chouette article » parce que cette chanson redevient supportable maintenant qu’ils sont éliminés).

Les clichés folkloriques en partie entretenus par cette chanson mis à part, je ne sais pas comment l’Angleterre a fait pour perdre alors que Modric a clairement commencé le match avec 3% de batterie.


#29

Saviez-vous qu’Eden Hazard aurait dû naître à Buenos Aires ? Puis-je vous proposer qu’au fond Paul Pogba et Lucas Hernandez, c’est à peu près du même niveau ? Ou que le Madridista Isco est, plus que tout Blaugrana, le véritable héritier de Johann Cruyff ? Toutes les engueulades et les discussions de bar sont possible avec 50 Years Of World Cup Doppelgangers, chouette outil analytique de comparaison entre les performances de joueurs à la Coupe du Monde entre 1966 et 2018.


Pour les matheux du coin, 538 proposait également une énigme statistique sympa plus tôt dans cette coupe du monde, qu’il vaut le coup de ressortir à l’occasion du Belgique - Angleterre qui nous attend pour le match des cocus : What Are The Odds World Cup Teams Play Each Other Twice?

Assuming we don’t know anything about the strengths of the teams in the tournament, what are the chances that any pair of teams in a 32-team World Cup plays each other twice? (Given the way the World Cup bracket works, their first encounter would be in the round-robin, three-game group stage, with their second encounter in the final or the third-place game.)

Je ne vous révèle pas la réponse mais vous la trouverez ici.


Joli portrait de John Strong, la voix de Fox pendant cette Coupe du Monde qui parvient à trouver un public aux Etats-Unis malgré la non-qualification de leur équipe nationale, preuve que les temps ont bien changé outre-atlantique.


Une tête connue pour les deux finalistes :

Il avait fait du bon boulot sur France - Uruguay, malgré un match compliqué. D’ailleurs, je ne sais pas si la VAR leur a donné des ailes mais j’ai trouvé l’arbitrage globalement très bon durant cette coupe du monde, avec un nombre minime d’erreurs et de décisions douteuses au final.


Statistique rigolote pour cette finale, la qualification de la France et la Croatie permet au Fußball-Club Bayern München e. V. et au Football Club Internazionale Milano S.p.A. de continuer leur improbable tradition commune d’avoir au minimum un représentant en finale de coupe du monde, série qui dure depuis la finale Allemagne-Italie de 1982.


#30

Un peu de discussion tactique avant la finale. Tifo aura fait du bon taf jusqu’au bout.

Ils viennent aussi de sortir leur équipe-type du tournoi.

Mbappé est un miracle qui nous tombe dessus comme un ticket gagnant du loto, et je comprends l’importance symbolique de mettre la révélation du tournoi dans le onze-type, mais je sais pas si une équipe-type peut se passer de Kanté aussi facilement qu’on ne pourrait remplacer le gamin par un autre attaquant. Bien vu pour le gardien, puisque les règles de départ rendaient l’adoption des choix évidents un poil compliqués. Je suis plus circonspect sur le choix d’un 3-5-2 mais je suppose que cette coupe du monde a quelque peu remis la défense à 3 défenseurs au goût du jour. Sinon, délirant qu’on ne trouve pas un seul Espagnol dans l’équipe-type. Je crois qu’on sous-estime désormais un peu cette génération de la Roja.


#31

Quelques stats pour ce match de la troisième place :

  • Les deux équipes jouaient avec leur maillot extérieur, sans doute par superstition ou par requête des équipementiers. Du coup, impossible de confondre les images de ce match avec le match de poule.
  • Il y avait 19 joueurs de Premier League sur le terrain au coup d’envoi. La Premier League reprend dans 27 jours.
  • Avec le but de Meunier, dix Belges différents ont marqué pendant cette WM, record partagé avec la France de 1982 et l’Italie de 2006.
  • Le but de Hazard est le 163ème de cette coupe du monde en Russie. Le record étant co-détenu par les compétitions en France (1998) et au Brésil (2014), qui avaient eu droit à 171 buts chacune.
  • C’est la première petite finale finissant avec moins de 3 buts depuis 1974.
  • Kane finit avec 6 buts, pour l’instant meilleur marqueur de la compétition. Griezmann ou Mbappé en ont 3. Mandzukic, Modric et Perisic en ont marqué 2. Faudrait donc un véritable festival pour que l’un d’entre eux le rattrape ou le dépasse demain.
  • Depuis le Brésil en 1978, tous les troisièmes de la WM ont été Européens.
  • Au cours de ses diverses carrières, Thierry Henry a récupéré les médailles de premier, second et troisième d’une Coupe du Monde. Je me demande si c’est le premier ; faudrait voir si Zagallo était impliqué dans le staff du Brésil 1978. Zagallo a fini quatrième en 1974 et entraînait Botafogo quand le Brésil a fini troisième en 1978, donc il n’a que les médailles de champion (trois fois) et de second (une fois). Je pense qu’il arrivera quand même à dormir tranquille ce soir.
  • La Belgique s’est vraiment fait enfler en finissant première de son groupe (oui, c’est statistique).

#32

C’est quand même dommage, on était environ 300 à être venu mater la finale et à la place, ils ont rediffusé l’épisode du match de foot débile du Collège Fou Fou Fou. Big up à la Croatie qui avait trouvé le plan de jeu parfait en asphyxiant Kanté et Pogba, et leur niveau technique super haut perché fait qu’on arrivait pas du tout à les dribbler, jusqu’au magnifique rush de Hernandez qui conduit au troisième quatrième but. D’ailleurs ils étaient clairement kaput physiquement à partir de la 50ème minute. C’est quand même délirant qu’on mène 2-1 sans tirer une seule fois de la première mi-temps, et qu’on finisse par gagner 4-2 une partie qu’on a complètement loupé. Qu’est-ce que ce sera quand ils maîtriseront leur sujet… En tout cas, ce topic était une bonne idée.

Spoiler

CHAMPIONS DU MONDE !!!


#33

Des trivias plus ou moins débiles collectées ce soir.

  • Vous êtes sans doute tou(te)s au courant si vous suivez ce topic de près mais Deschamps est donc le troisième vainqueur de la coupe du monde comme joueur et entraîneur après Zagallo et Beckenbauer.
  • Le but de Pogba était le premier marqué en dehors de la surface de réparation dans une finale de WM depuis le but de Tardelli en 1982. Mbappé l’a imité juste derrière.
  • Mbappé est le deuxième plus jeune buteur de l’histoire des finales de Coupe du Monde. Pelé avait 17 ans en 1958.
  • L’Uruguay reste donc la seule équipe à avoir gagné la finale de la coupe du monde après avoir été menée à la pause. C’était lors de la toute première Coupe du Monde en 1930.
  • Les quatre derniers gardiens ayant perdu la finale de la coupe du monde (Barthez, Stekelenburg, Romero, Subasic) ont tous joué à l’A.S. Monaco.
  • Le pire match de cette coupe du monde, ce cher France-Danemark, fut le seul match sans but de toute la compétition. C’est la première fois qu’on a si peu de 0-0 depuis le tournoi de 1954, qui avait eu des buts dans absolument toutes les rencontres.
  • Mario Mandzukic est le deuxième joueur à réussir l’exploit d’avoir marqué pour les deux équipes dans un même match de coupe du monde. C’était arrivé à Ernie Brandts en 1978.
  • C’était d’ailleurs le premier CSC de l’histoire des finales de coupe du monde, et bien sûr le premier pénalty accordé à l’aide de la VAR.
  • Avec 6 buts en finale, ce qui est d’ailleurs le total le plus prolifique depuis 1966 (Angleterre 4-2 Allemagne), cette WM finit donc avec 169 buts, seulement deux unités derrière le record partagé par 1998 et 2014.

Marca a collectionné diverses unes de la journée. L’Équipe aussi.


Grâce à une lecture discutable de la VAR et à la décision de la FIFA d’accorder au Qatar le droit d’organiser la Coupe du Monde 2022 du 21 novembre au 18 décembre, la France sera Championne du Monde en titre 1590 jours (ou quatre ans, quatre mois et six jours). Ce sera le plus long règne depuis l’interruption de l’épreuve entre 1938 et 1950 pour des raisons assez évidentes.


#34

Une CDM qui risque de donner le ton des prochaines annees. Comme tu le mentionnais, priorite au contre et a la verticalite, au pressing, plutot qu’a la possession. La finale l’a confirme encore une enieme fois, meme si ce match est effectivement completement ubuesque a de nombreux points de vue.

Le joueur du tournois est Modric, ce qui en soit, n’est pas une aberration, mais qui confirme que de choisir cela avant le match le plus important rend un palmares debile ou il faut remonter a 1994 pour voir un vainqueur obtenir cette distinction (Romario). En plus, le fait que ce trophee soit sponso par un equipementier qui a un nombre de joueurs sous contrat entretient une presomption de conflit d’interet.

Une question me taraude, j’ai vu les engagements se faire quasi systematiquement avec un joueur dans le rond central et vers l’arriere. Dans ma tete, les engagements c’est 2 joueurs au centre et ballon vers l’avant : nouvelle regle ?


#35

Justement pour une fois, c’est un joueur sous contrat Nike qui a gagné le trophée. Succès total pour le Swoosh puisque les deux équipes finalistes étaient également habillées par Nike. Pour les curieux, Griezmann est chez Puma, que l’état major d’Adidas déteste encore plus que Nike pour des raisons historiques, donc ça ne risquait pas d’arriver. Pogba et Kanté sont chez Adidas. Varane, Hazard et Mbappé sont chez Nike.


L’œil de Tifo sur la finale.


#36

Match très étonnant. C’est fou comme chaque match des Bleus a semblé un peu plus dur que le précédent. Difficile d’être affirmatif tant la Croatie s’est physiquement effondrée en seconde mi-temps, mais la France méritait peut-être de perdre. En tout cas, elle n’avait jamais été aussi malmenée, non pas seulement en termes de possession de balle, mais aussi et surtout en termes tactiques. Faire rentrer Nzonzi était clairement le meilleur coaching possible, tant Kanté était perdu sur la pelouse, entre le pressing croate étouffant à la perte de balle et la supériorité numérique constante de leur milieu (je n’ai pas très bien compris où était Matuidi durant ce match, à part sur l’action du péno).

Concernant la VAR, je ne comprends pas trop où peut être l’hésitation. Le ballon est-il touché de la main ?Oui. Le bras est-il décollé du corps ? Oui. Y a-t-il un mouvement du bras vers le ballon ? Oui. La trajectoire est-elle modifiée ? Oui. A part un certificat de main volontaire de Perisic je ne comprends pas trop ce qu’il pourrait y avoir de plus.

En tout cas la Belgique et la Croatie étaient clairement les deux plus belles équipes de ce mondial, et je regrette qu’elles n’aient pas eu l’occasion de s’affronter. Mais je comprends la logique belge de jouer la première place : il y a un tel complexe d’infériorité de l’autre côté du Lys que jouer petit bras ne rentrait pas du tout dans leur OS. Tout comme j’étais étonné de rencontrer de nombreux belges ne comprenant pas, ou alors uniquement sur un plan très abstrait, qu’on puisse leur dire que leur équipe faisait très peur à l’étranger. C’est vraiment la beauté du parcours belge sur cette édition, avoir tant voulu se prouver à soi et aux autres qu’ils auront privilégié jusqu’au bout le panache au pragmatisme, mais coeur sur eux, cette équipe était magnifique. La Croatie était un peu plus difficile à cerner (franchement, Danemark-Croatie et Russie-Croatie, c’était pas les parties les plus passionnantes à suivre), mais tactiquement, quelle première mi-temps face aux Bleus.

Comme beaucoup, j’ai eu un peu tendance à m’estimer heureux de la victoire française, cette réussite insolente en première mi-temps et ce score qui ne reflète franchement pas la physionomie de la rencontre, au moins pendant 50 minutes. Mais il y a plein de petits détails qui méritent d’être rappelés. Sur le csc de Manzukic, on peut parler de malchance, mais la France venait de marquer deux buts de la tête sur coup de pied arrêtés du même côté, et que la défense croate ait défendue en reculant face à la pression de Pogba et Varane, ce n’est pas tout à fait anodin. Si Manzukic ne la prend pas, il n’y a pas csc, mais il peut y avoir but quand même. De même, sur le penalty, il faudrait presque l’accorder à Giroud tant il obtient le corner absolument tout seul, juste par la force de son pressing. Franchement l’illustration la plus bluffante de son travail de harcèlement permanent, toujours dans l’ombre, mais qui fait déjouer la défense adverse. Sur le corner lui-même, la main de Pericic n’est pas bien futée, mais la manière dont les Français le jouent, un peu à l’anglaise, en se mettant en file indienne avec quatre gros gabarits devant et Matuidi qui décroche au premier poteau à la surprise générale est assez intéressant à analyser (L’Equipe le fait très bien dans son format “Tactique”[en abo]). Ils démontrent en tout cas que Deschamps avait énormément bossé les coups de pied arrêté, avec un succès insolent, puisque les deux buts viennent dessus.

Les buts de Pogba et Mbappé correspondent eux à des phases plus attendues : transition verticale, projection rapide, jeu en remise et frappe rapide. Beaucoup ironisent sur le fait que la France défende à 11 à 35 mètres de ses buts (coucou Courtois), mais quand on voit l’incroyable capacité de projection de Pogba, Griezmann et Mbappé, on comprend l’intérêt de les faire partir d’aussi bas. Mbappé, c’est comme un avion, sa spécialité, c’est décoller, et il a besoin d’une longue piste pour ça.

Par rapport à l’incroyable capacité de projection de la France, en vrai, je trouve même qu’on a beaucoup gâché, et manqué de justesse technique et de complicité, comparé à ce que la Belgique a pu produire (mais bon, c’était le top du top de la projection, cf le gif de Chaz. Et le quatrième but contre l’Argentine n’est pas dégueu dans le genre…).

Au final, avec cette finale décousue, ce duel tactique en deux temps, et ces deux périodes très différentes, je trouve que les meilleurs articles ont été écrits aux Etats-Unis. Chaz avait déjà partagé une analyse top de Deadspin sur France-Argentine et le New-Yorker était aussi drôle que grandiose sur France-Belgique, cette fois le meilleur article que j’ai pu lire est signé du New York Times, qui s’emballe sur l’incroyable capacité du 11 tricolore à sembler ronronner en sous-régime pendant une heure pour achever son adversaire en deux flèches, en six minutes, un peu comme ce fut le cas contre l’Argentine.

Those six minutes spoke volumes for the measure of French superiority over the past six weeks: a team so potent that it does not need to play well for sustained periods, so rich in talent that it only has to shine briefly to shine impossibly brightly, so good that it can do in flashes, in seconds, what others might need an hour and half to do. It is a team of blinding light.

J’ai suivi de mon côté la finale du côté de Barcelone, où clairement les Catalans se contre-foutaient complètement du match. Ce matin, la presse espagnole était assez partagée, j’ai lu chez Marca un édito incendiaire contre le non-jeu de l’EDF, incapable d’aligner 4 passes (personne ne leur a dit que leurs 1141 passes contre la Russie ne compte toujours pas comme un but ?) ; Mundo Deportivo était plus élogieux pour les Bleus, relevant une équipe pas forcément flamboyante à voir jouer, mais aux individualités extraordinaires, d’une solidité à toute épreuve et aux fulgurances fatales. Et bien sûr, l’inévitable page sur Varane côté presse madrilène et Umtiti côté presse barcelonaise. Tous s’accordent à dire que Griezmann a été royal.

Et puis, la fête. C’est un peu étrange d’avoir été hors de France, je n’ai pas pu comparer avec ce que j’avais connu il y a 20 ans en Bourgogne. Mais je pense que pour tous ceux qui ont vécu 1998, c’était forcément le jeu de voir ce qui a changé (les slogans politiques plus prudents, le pays plus meurtri, la surprise un peu moins grande, peut-être) et ce qui n’a pas changé (la foule, les chants débiles, les Champs en liesse, les faits divers glauques). Perso, je retiens surtout que les réseaux sociaux m’ont donné l’impression d’être un peu en France sans y être, alors qu’il y a 20 ans, j’attendais pendant 5 minutes que le télétexte se mette à jour pour connaître le moindre score. Et puis, il y a ces témoignages féminins d’agressions en tout genre, qui me font me rendre compte qu’il y a 20 ans, ce n’était pas forcément différent, mais on n’en parlait pas, et c’est peut-être ça, la différence. La France de 1998 était ivre d’une victoire réelle et de symboles qui n’ont pas tenu. Je suis curieux de voir ce qu’il restera de celle-ci. En attendant, on a quatre ans et demi pour se préparer au Qatar, et la bonne nouvelle, c’est qu’il sera difficile de faire pire que la dernière performance de Bleus champions du monde dans le tournoi suivant.


Le topic de la mauvaise foi et des bourres pifs
#37

Complètement repompé sur les anglais, tu veux dire ; rendons à Southgate ce qui appartient à la NBA. Mais si ça devient une mode par la suite, cette WM laisse un meilleur héritage au football que les vuvuzelas.

la bonne nouvelle, c’est qu’il sera difficile de faire pire que la dernière performance de Bleus champions du monde dans le tournoi suivant.

Tût tût ! Il me semble bien que les Bleus de 1998 sont les derniers à avoir été qualifiés d’office, et que Brésil vainqueur en 2002 a été obligé de se qualifier « dans les règles» pour la WM2006 en Allemagne, compétition qui a également interrompu la tradition de démarrer la coupe du monde suivante par le premier match du tenant du titre (vu qu’il n’était plus certain que le tenant du titre soit qualifié). L’Italie, l’Espagne et l’Allemagne ont aussi participé aux qualifs ensuite. Donc la France pourrait carrément louper la qualification pour le Qatar, auquel cas nous serions le premier champion à réussir un tel exploit.


#38

En tout cas, l’intégralité des commentaires internationaux semble penser le contraire. Ca tient surtout au problème de la définition officielle de la FIFA : a handball occurs if any player, other than the team’s goalkeeper within his own penalty area, deliberately handles the ball when in play. Il me paraît assez évident qu’il n’y avait rien de volontaire dans le geste croate, mais c’est tellement difficile à prouver que ce genre de décision tient généralement à l’interprétation personnelle de l’arbitre concernant l’importance de la main dans la perturbation de l’action.

J’ai également trouvé des critiques rappelant que Griezmann plonge intelligemment pour obtenir le premier coup-franc, ce que j’avais complètement oublié dans l’euphorie de la victoire. On a vraiment arnaqué cette première mi-temps.

Ça me rappelle d’ailleurs qu’il a utilisé, pour obtenir ce coup franc, exactement la même technique que Suarez utilisait durant cette compétition (et sûrement tout le temps au Barça mais je n’ai pas du tout regardé la Liga ces deux dernières saisons) : il freine soudainement sa foulée et décale son tibia pour accrocher son défenseur tout en se laissant tomber en avant dans le prolongement de la course du ballon. A vitesse réelle, l’illusion est totale. Suarez a fait le coup plusieurs fois contre le Portugal puis la France. À la fois un autre exemple de « on retrouvait toute la Coupe du Monde dans cette finale », et la démonstration avec le corner anglais que cette EDF est une éponge qui étudie le Jeu bien plus assidûment que les générations précédentes.


Manifestement pas de rancune envers Mbappé en Argentine :

(Par contre, Sampaoli a été viré hier.)


Un petit billet sur la passe de Pogba.


Un article du New Yorker sur l’invasion du terrain par Pussy Riot.


#39

Si on va pas là, si Gigi Infantino va jusqu’au bout de son idée de débuter le format à 48 équipes dès le Qatar, la France pourrait même rater le wagon du Mondial le moins sélectif.

En passant, quelle idée désastreuse que cette coupe du monde à 48. Je comprends bien l’intérêt en termes de droits TV ainsi que pour les pays de second rang, comme l’Italie, mais cela va diluer un peu plus encore plus le nombre d’affiches, tout en réintroduisant le format de poule le plus antisportif, les groupes de 3 (la plupart des mondiaux où il y a eu des arrangements manifestes honteux entre pays avaient des poules de 3 : une équipe finissant avant les autres, les deux restantes ont tout loisir de s’accorder sur le score qui les arrange pour se qualifier, ce qui est a priori moins possible quand toutes les équipes se disputent le dernier billet en même temps).

Je viens de feuilleter L’Équipe du jour. Les statistiques sont assez amusantes : en termes de penaltys, de csc et de buts marqués, cette édition russe est celle qui se rapproche le plus du mondial 1998. Débrouillez-vous pour trouver une logique. Ce même journal me fait réaliser que l’EDF s’est hissé en finale des trois dernières coupes du monde disputées en Europe.
Vivement 2034 pour la prochaine.


#40

Alors 48, OUI MAIS. J’ai vaguement entendu parler du deroulement et la en regardant ca semble… etrange.
On demarre donc avec 16 groupes de 3 pour des poules de 2 matchs seulement. Mais, chose assez dingue, plus de match nul : on enchaine direct avec des TAB.
Les 2 premiers sont donc qualif, ce qui donne un mega tableau a 32 equipes (comme actuellement) directement en match a elimination directe.

En soit, meme si je suis carrement contre les TAB apres des matchs nuls sans prol., le coup d’un mega bracket me plait. L’autre avantage c’est que pour l’equipe vainqueur, ca n’ajoute pas de match. Il en faudrait toujours 7 pour aller au bout.
Par contre au niveau orga, ca devient un merdier. 80 matchs a organiser en 32 jours, les petits pays (geographiquement) auront de plus en plus de mal a decrocher l’organisation et on va se retrouver avec encore plus d’ententes nazes genre coree-japon ou usa-canada-mexico.